jeudi 9 mai 2013

L'horloger

Une armée de pendules,
pendues à la même heure,
des tics tacs survivants,
des étanches à tout,
des silencieuses,
des remontées,
Chronos pleurant sur son clepsydre,
le sablier se fuit,
et tout ce temps
perdu,
à regarder nos montres,
au lieu d'avoir le temps...

Pour dernière demeure

Moi l'impératrice ordonne ma sépulture,

à l'ombre d'un olivier,
sur une colline de Crète,
quelque part sur la terre,
où les morts sont partout,
chez eux.

Du côté de Grenade,
pourquoi pas de Cordoue,
dans l'écrin dans jardin
andalou,
sans tombeau,
mais un voile blanc,
à même la Terre

Calme
est la dernière demeure
peuplée de chants d'oiseaux
du frémissement des fontaines

Un balcon sur la Toscane,
la lumière,
sur les murs de Florence
à la tombée du jour,

Un balcon sur la mer infinie,
le sable blanc de l'Ile de Djerba
au loin, chaleur, silence,
quelques maisons peintes à la chaux
volets bleus, toits arrondis

Tout respire le sud
dans ma dernière demeure
tous les Suds
qui n'auront fait qu'un
tout au long de ma vie

Le Chef des Scribes

Patrick a une double vie.

En fait, il n'est pas un terrien,
il nous le fait croire,
mais il vient d'une autre planète,
une planète inconnue encore,
c'est pour cela qu'il n'en parle pas.

Tous les soirs,
à la tombée du jour,
il accède à son vaisseau spatial,
sous la salle de l'atelier d'écriture.

Je l'ai vu de mes yeux,
il actionne un bouton,
sur le tableau électrique,
et le sol s'ouvre

Une lumière souterraine jaillit
et le transporte à son vaisseau

Là une armée de scribes travaille pour lui,
c'est lui le chef,
il les fait écrire encore et encore
et tous s'exécutent
.......

Fragile

La scène,
fragile équilibre
du visible,
et du non visible.

Est-ce donc dans la lumière,
que l'on se cache le mieux ?

Oubli # 1

Cher,

Tant de temps depuis notre première rencontre,
une de celles qui en scelle tant d'autres,
une année, deux et puis trois,
et l'éternité pour mémoire

Tu es tout ce que j'espère,
Tout ce à quoi j'aspire,
le miel de mes illusions,
ma vérité à construire,
jour après jour

Mais une histoire à deux
ne se construit pas seule,
le poids en devient trop lourd,
pour un coeur oublié

Le silence s'installe,
l'absence consume,
le chien aboie, 
la caravane passe,
tout passe.

Adieu.


mercredi 1 mai 2013

Double-vie



Tout le monde croit que je me couche tôt. Après 21 heures, plus de visite, plus de coup de téléphone.
En fait, je suis insomniaque. Dès que tout le voisinage est devant la télé, je me glisse hors de chez moi et plonge dans l'obscurité des rues de la banlieue. Bottes, jean et blouson, bonnet de laine sur la tête, grandes enjambées, démarche d'homme, c'est plus prudent.
Je veux voir, voir comment vivent les autres, ceux que je ne connais pas, ceux qui me font un peu peur.
J'avance, à l'affût, m'arrête devant un volet entrebaillé. Une famille vit là. Que puis-je deviner? Que puis-saisir? Une engueulade, une étreinte, une baffe qui retentit sur la joue d'un gosse?
Peu à peu toutes les fenêtres s'éteignent. Mais il y a les autres rôdeurs de la nuit. Des jeunes, en bandes, avec des chiens. Des flics en voiture.
Des pêcheurs au bord de mer toute la nuit. Des corps couchés sur la plage, pelotonnés.
Les odeurs de la nuit, la saleté que l'on ressent sans la voir.
Vers 3 heures, tous les matins, un chien me rejoint, un grand chien noir avec une seule oreille et des yeux jaunes. Il m'escorte. On galope tous les deux. Quand brusquement il me quitte, je sais qu'il est l'heure de rentrer, avant que passent les poubelles.
Je range mes vêtements dans un grand sac en plastique, prends une douche comme si je me levais, téléphone à mes enfants: Tu as passé une bonne nuit? Et vous?
L'après-midi je fais la sieste.

Sur la scène




Sur la scène il y a un halo de lumière.
Et je me tiens dans l'ombre, tout au bord.
Au bord d'un gouffre, ferai-je un pas?
Ferai-je le pas qui me mettrait dans la lumière?
Oserai-je entrer en scène?
Sur la scène, dans l'ombre, il y a les spectateurs.
Tous me guettent, ils vont me happer.
Il y a le grand Georges avec sa guitare.
Il y a Jean, et Anne, et Jacques, et Barbara. Il ya tous ceux que j'ai aimés et qui vivent en moi.
Sur la scène il y a un petit garçon timide et téméraire, assis tout seul devant un grand piano noir.
Sur la scène il y a des souris, des souris en taffetas rose.
Sur la scène il y a les géants, bottés, casqués, matraque à la main.
Sur la scène il y a des larmes qui ruissellent en rideau de pluie.
Sur la scène il y a des enfants nus, membres grêles et ventre gonflé.
Sur la scène il y a l'ogre gueule ouverte.
Sur la scène il y a des dollars, lancés par les spectateurs.
Sur la scène, tendu au-dessus de la scène, il y a un fil d'acier qui brille comme une lame.
C'est là mon chemin, mon chemin en équilibre, pour traverser la lumière.