vendredi 22 janvier 2016

Le monde des maths

Exponentielle a des rêves de grandeur. Elle va toujours trop loin, beaucoup trop loin. Et plus elle va loin, pire c'est. Pour beaucoup, elle est l'archétype de celle qu'on ne peut rattraper. C'est un mensonge, savamment monté par elle. Factorielle est bien pire qu'elle.

Dérivée est déprimante. Elle s'emploie à briser les rêves des gens. les Polynômes sont ses proies favorites, qu'elle ramène toujours, pas après pas, à zéro. Les autres elle les brisent, en fait des monstres, hideux. Seule Exponentielle est immunisée contre son venin.

Intégrale est une bâtisseuse. D'un rien elle vous fait un empire, d'un trait une œuvre d'art. C'est la reine du global, sereine, inébranlable, la polisseuse par excellence. Elle ne redoute que Pôle.

Factorielle est discrète, malgré ses points d'exclamation. C'est pourtant une star, une vraie, toujours à viser les étoiles. avec sa grande sœur Gamma, on les voit partout, pour peu qu'on creuse un peu. Elles sont pleines de mystères.

Pôle est un empêcheur de tourner en rond, un enquiquineur de première. Demandez à Dérivée ou à Intégrale ! C'est un virus, impossible à éradiquer. Alors on tourne autour, on le circonvient à défaut de pouvoir l'évacuer. Il n'est qu'une seule personne de plus ingérable que lui, c'est Delta de Dirac.

Delta de Dirac est le mal incarné. Et comme Satan, il est plutôt cool une fois qu'on le connaît. C'est un père de famille nombreuse, toutes les distributions sont ses enfants. Parmi eux, deux des plus monstrueuses : Peigne de Dirac et Heaviside.

Heaviside est un mur. Mutique, borné, il ne vous parlera pas. Jamais. Doué en électronique, il fait également un excellent portier.

Peigne de Dirac est un punk, un anarchiste, qui ne respecte rien. Rien d'autre à ajouter.

Zêta de Riemann est une déesse, sauvage, inaccessible. Une charmeuse, une sirène qui a ensorcelé bien des personnes, qu'elle a eu à l'usure, à les faire courir derrière elle. C'est une vampire.

Les frères Polynômes sont cools. Ce sont les types sympas par définition, toujours là pour te filer un coup de main. Même ceux d'ordre infini te cassent pas les pieds, c'est dire. Attention toutefois à ne pas semer la division parmi eux : c'est le meilleur moyen pour que Pôle viennent foutre la merde.

La famille Infini est une grande famille, dont on ne connaît hélas que le benjamin, le père et le grand-père, respectivement Aleph-zéro, enfant naturel ; Aleph-un, d'un très grand réalisme ; et Aleph-oméga, dont on ne sait rien si ce n'est qu'il est grand, très grand. En fait, c'est le plus grand.

Parades

C'est la nuit. Une nuit blanche. Le ciel est cloisonné, des briques qu'aucune pioche n'est jamais venue égratigner. Crayon en main, je surfe sur le sel de la mer. L'île n'est pas loin, les moutons y scandent une antienne peu glorieuse, à base de salamis et de bigorneaux harangonnés. Clic ! fait la vache, les pis en trompettes et le trombone frémissant. Elle tourne, elle tourne la tête de la baleine, sur son trente-et-un elle tourne, et il est bientôt midi trente-deux. Ciel ! hurlent les murs en se cognant les uns aux autres dans une cohue conjointement composée de compotes cossues peu coopératives. Il est l'heure, tous en chœur ils courent. Le monde tangue et coule de travers. La fille du vent s'est levée de bon pied, son petit déjeuner est prêt. Elle ouvre la bouche et boit le tout, tout l'univers. Et glou et glou jusqu'à la lie, l'hallali, la dernière goutte.

jeudi 21 janvier 2016

Une vie dans un gant.


Parce qu’elle aime viscéralement ce lieu, seul endroit du monde capable d’apaiser ses peurs, de sécher ses chagrins, de lui injecter le courage, la force et le sourire, parce qu’elle s’y sent à la fois protégée et exposée à la puissance du vent du vent qui lave tout ce qu’elle a dans la tête, alors elle s’y rend dès que les besoins s’en font sentir. Ce jour-là, elle marche vite sur la digue qui longe la mer. C’est marée basse. Tant mieux. Des centaines de petits éclats d’eau flirtent avec la lumière des nuages. Elle arrive sur la dune, essoufflée, énervée, fatiguée. Se place face au sud de la vieille table d’orientation. Regarde la mer, regarde Chosey tout au fond. Commence ses paliers de décompression. C’est alors qu’elle l’aperçoit. Une tâche sombre sur le bleu écaillé. Une tâche qui cache l’oiseau gris dessiné naïvement. Un gant ! Un gant de femme oublié là, qui chuchote sa solitude et sa détresse. Elle s’en saisit et d’instinct le porte à ses narines. Parfum de pivoine blanche. Invitation à un rite initiatique fascinant qui l’amène loin, très loin de la table d’orientation, loin de la dune, loin de la digue et du motif de sa présence ici. Elle s’assoit et se rêve sirène échouée, bateau- pirate, île des mers du sud, dentellière de mots, cocotier dans les alizés. Son téléphone vibre dans sa poche. Elle a du mal à quitter ses voyages. Mais quelque chose lui revient : elle a un train à prendre, un concours à passer. Elle se lève d’un bond et court sur la dune, court sur la digue, court dans le jardin, attrape ses clefs, attrape sa voiture, attrape la gare. Train parti. Concours aussi. A cause d’un gant oublié sur une table d’orientation. Que faire d’autre que pleurer, crier, frapper, se cogner, se détester, s’insulter, s’ouvrir les veines dans le silence plombant de sa voiture Elle a 20 ans. Elle déteste le sang. Alors elle mollit dans sa vie. Plein de petits boulots et quelques kilos. Pas très rigolo ! Elle finit par décrocher un CDI : secrétaire dans une usine locale. Et puis le patron s’en va. Il est remplacé par une femme grande, forte et autoritaire. C’est quand elle passe sa corpulence dans son étroit réduit qu’elles se reconnaissent. Les meilleures amies, les partenaires de fou-rires, de cuites, de révisions, de petits et grands secrets. « Michelle ! Ca alors ! Tu te souviens ? » Oui elle se souvient. Qu’elles devaient prendre le même train. Passer le même concours. Un putain de gant oublié sur une table d’orientation. Elle n’a plus 20 ans. Elle n’a plus peur du sang.


mercredi 13 janvier 2016

Un bon moment aujourd'hui dans le sourire partagé ,la répétition nécessaire et entendue en vue de la future mission hypnotique du mois prochain!

Beau comme


Beau comme un homme épousant sa guitare
Beaux comme des yeux tombants mais rieurs
Beau comme des mains unies qui battent en cadence
Beau comme les cheveux noirs et longs de la danseuse écrasant de ses talons les charognards insensibles au convoi et à la sempiternelle fuite en avant
Beau comme les pieds bruns et sales des enfants échappant aux immondices
Beau comme la roulotte de différents horizons

Beau comme le linge coloré battant au vent
Beau comme ces foulards rouges dans le ciel à l'heure du départ

Beau ces familles soudées dans une éternelle errance depuis toujours.

poème de "Emma REGGAE", poétesse africaine du 20eme siècle


Pas de panique
Tu es unique!
Fuis ton nombril
Fuis le babil
Admire la beauté
Crois en ta vérité

Remonte ta redingotte
Ne baisse pas ta culotte
Demande l'impossible
Sois TOI irresistible
Je t'aime petite soeur
Gourmande avec ta bouche en coeur
Vole libre libellule
oublie les conciliabules

Apprends à gouter l'ivresse
Laisse aller la caresse

Arrête de faire ta baleine
Tu vas manquer d'oxygène!!!

samedi 9 janvier 2016

Cauchemar ou prémonition?

La capitale de ce monde perdu brillait de mille feux, son emblème renvoyait la lumière dans le monde entier. Elle faisait partie des villes les plus photographiées, les touristes se pressaient pour entrer dans ses musées, elle rayonnait tel un diamant aux multiples facettes.
Une nuit, un son profond remonta de son sous sol, des fumerolles jaillirent et crachèrent leur souffre. Vulcain se déchaîna dans ses entrailles et les feux de l'enfer s'abattirent sur terre. L'air devint irrespirable   et la lave changea la Seine en rivière de sang. Des maisons brûlaient et les rues se recouvraient de poussière noire, les grandes avenues jonchées de pierres incandescentes n'étaient plus praticables. On sentait la mort roder, une sorte de peste se répandait alentours. Il fallait fuir, fermer la ville, partir vers d'autres cieux, partir vers un ailleurs ou la décomposition du monde ne ferait plus peur, retrouver l'unité et les images stables de nos vies, oublier la fragmentation provoquée par les secousses.
On rassembla quelques roupies et effets dans nos besaces et on est parti sur des chemins incertains en quête d'une nouvelle lumière. On s'était regroupé au pied de la Tour Eiffel qui tremblait, on attendait amis et voisins en chantant des cantiques. On ignorait où cet exode nous conduirait mais on croyait au salut. Il fallait encore y croire, croire à la rencontre de "l'homme qui marche". On a avancé contre vents et marées, dans la souffrance et la faim, puis on est arrivé sur la terre sainte tant espérée mais là notre homme était lui aussi crucifié, le sang coulait encore sur son flanc. Anéantie par le désespoir je suis tombée à ses pieds, pour me soulager je dessinai des ronds  concentriques dans le sable. En arrivant à l'infiniment petit, je trouvai une balle.
"Etrange, Jésus n'a été fusillé!"
"Je me suis plantée, il est temps de me réveiller dans mon lit bien douillet en espérant le garder longtemps encore!"