lundi 7 novembre 2016

Mon prénom

H  Comme Hamac. Celui qui se balance entre deux cocotiers dans les alizés de la côte sous le vent.

 Comme Enfance. Un lieu magique.  Et cruel aussi. Si l'on ne se méfie pas, on en ressort en adulte sans rêves.

L  Comme Lionne. Ou Louve. Coeur qui bat de la meute qui protège sa couvée.

E  Comme Envie. parce qu'il faut toujours en avoir plein pour rester EN VIE. Envie de chocolat, de voyages, de paix, de changer d'air ou le monde.

N  Comme les 6 N  des prénoms de mes enfants. (Je dois bien aimer cette lettre.) Et aussi comme nuage, nénuphar, nectarine, nunuche, noël, nuit.

E  Comme ENCORE!!! Encore un E , encore une goutte, encore une larme, encore un mot, encore une page, encore du soleil, encore de l'été, encore une danse, encore une fleur... la dernière.

jeudi 3 novembre 2016


Si j’étais…

Si j’étais une chèvre en chemisier de dentelle parfumé d’eau de Nina Ricci, j’attendrais l’automne pour rejoindre ma prairie vert bronze parsemée de pâquerettes, je sortirais un jeudi soir d’octobre vers 18h. après les dernières gouttes de l’ondée quotidienne. Avant de sortir j’aurais pris soin de manger une pomme bien mûre accompagnée d’un peu d’eau légèrement citronnée. Puis je rejoindrais, au milieu du pré ce magnifique érable qui se dresse telle une sculpture vers l’azur infini. Afin de ne plus le blesser, j’abandonnerai le tir à l’arc et pour ne pas sombrer dans le pessimisme, je graverai sur une de ses branches « carpe diem »
Et oui même si j’étais une chèvre en chemisier de dentelle il faudrait continuer, continuer.



J’ai vu

J’ai vu des papillons se prendre les ailes dans un grillage.
J’ai vu la violence des volcans et la douceur des prés au printemps.
J’ai vu des enfants sauter dans les flaques, j’ai entendu leur rire au- dessus des toits.
J’ai vu la lune dans les caniveaux et aussi là -haut.
J’ai vu des gens rêver et beaucoup d’autres pleurer.
J’ai vu des femmes étendre des lessives, des lessives.
J’ai vu un vieil homme sur un chemin loin loin.
J’ai vu les fleurs s’épanouir et d’autres mourir.
J’ai entendu les oiseaux chanter, les hommes parler.
Mais dans le silence, je n’ai jamais cherché de sens à tout ça.
Le sens de la vie, je ne chercherai pas, je vivrai…



Arrivée en ville

On a quitté la campagne, plus de travail, on arrive en ville, la ville, c’est les lumières, du moins c’est ce qu’on m’avait dit, pourtant je suis dans le gris, tout est gris, des escaliers à la porte d’entrée, de mes pieds à l’infini, tout est froid, du béton aux gens croisés, ceux d’à côté. On m’a expliqué, on n’est pas seul dans cette grande maison nommée immeuble.
Grande, c’est qu’une impression car après le tour de clef, on est entré et nous voilà coincé en file indienne dans un couloir étroit, je peux toucher les murs en étendant mes bras. Au sol, des carreaux, ouf ! une marelle ! je saute en imaginant déjà pieds serrés, pieds écartés. Je ne pourrai jamais atteindre le ciel je suis stoppée net. « Les voisins ! attention aux voisins, on n’est pas seul ici, on te l’a déjà dit ! » les voisins, les voisins, je me demande dans quel manoir on m’a amenée et de quelle espèce d’ogres font partie ces voisins.
Je suis la troupe en silence dans l’étroit couloir, étroit mais long ce couloir. Pendant que la famille visite les deux pièces qui nous sont allouées, je longe le mur humide en sens inverse et me retrouve soudain devant une porte verte de laquelle s’échappe une odeur inconnue, je colle l’oreille à la boiserie et j’entends une voix rauque. Je crie : « Il est là l’ogre! Chez nous ! »
La porte s’ouvre : « Bonjour petite, c’est toi qui va vivre à côté de moi ? Moi, c’est Mustafa »
Mes tremblements cessent immédiatement, je sais que Mustafa deviendra mon ami.
J’aime les dattes.



La première gifle


Jeudi matin, pas d’école, en bonne élève consciencieuse, les devoirs étaient faits à l’étude du mercredi. Donc ce jeudi matin, j’allais pouvoir honorer le rendez- vous de mon voisin et copain portuguais pour une séance de patins à roulettes sur le trottoir devant la boulangerie. Rien à voir avec l’odeur des petits pains, l’intérêt de l’endroit résidait dans le grand virage, parfait pour l’apprentissage. La grande vitesse en ligne droite on maitrisait mais les courbes nous échappaient, on prenait souvent la tangente et c’était la chute assurée au milieu de la rue qui plus est. Ce jour- là on était prêt pour de nouvelles tentatives, on visait le succès, tout était répété dans nos têtes.
Départ à grande vitesse, filer, passer la mercerie, à hauteur du cordonnier commencer à fléchir les genoux, incliner le corps du bon côté, freiner en basculant le pied sur les roulettes avant sans brusquer, lever la jambe à l’extérieur de la courbe, frôler du doigt le goudron, anticiper le redressement du corps en levant les bras juste après l’entrée de la boutique.
Formidable, tout se déroulait comme prévu, j’avais réussi l’épreuve, devant Domingo en plus.
Ce n’est pas un podium ni le baiser de Domingo qui m’attendait en fin de parcours mais mon père. Il se tenait là, juste à la sortie du virage, le visage fermé et dur, une violente gifle me projeta à terre, je me relevai effrayée par tant de dureté, je ne comprenais pas. D’une main ferme que je ne lui connaissais pas, je fus ramenée à la maison. Devant la porte, dessaisie de mes chers patins, je m’écroulais sur le perron, renversée par une seconde claque : « Et le cathéchisme ! »
Je pleurais en épongeant le sang qui coulait de mon nez . Mais la plus violente douleur fut pour longtemps le souvenir de la première et unique gifle reçue de mon père.
Dieu me pardonnera.

mardi 1 novembre 2016

J'ai vu..

J'ai vu des géants vaciller sur leurs jambes blanches
J'ai vu des chats consoler les hommes
J'ai vu le lilas dépasser du mur avec ses grappes lourdes
J'ai vu des îles immobiles aux chants des sirènes
J'ai vu une source jaillir des bras de l'Enfer
J'ai vu des enfants qui perdent leur temps dans cette vie
J'ai vu le vide tout au fond du puits
J'ai vu des sourires édentés scintiller d'espoir
J'ai vu l'usure attaquer les doigts de ma mère et de ma grand-mère avant elle
J'ai vu des petites portes s'ouvrir sur d'immenses jardins
J'ai vu des mots figer le temps...

jeudi 13 octobre 2016

VU, PAS VU!

J'ai vu un colimaçon sortir de sa coquille et s'enfuir à toutes jambes.
J'ai vu un vélo pédaler en marche arrière.
J'ai vu un avion qui n'avait plus d'ailes.
J'ai vu du brouillard léger comme un nuage.
J'ai vu une couleuvre avaler des chardons.
J'ai vu un livre cracher de la poussière.
J'ai vu des foetus de dauphin dans le ciel noir de l'automne.
J'ai vu des grenouilles crier parce qu'elles avaient froid.
J'ai vu une mandarine éclater en mille sourires.
J'ai vu du lait devenir vert de peur devant un cactus.
J'ai vu des bulles s'écraser au fond d'une grotte.J'ai vu des abeilles se saouler au rosé.
J'ai bu ma colère en fuyant la guerre.

Je n'ai pas vu le soir caresser les belles.
Je n'ai pas vu le boa sauver un crocodile.
Je n'ai pas vu mon sac vide.
Je n'ai vu de chien téter une jument.
Je n'ai pas vu de moteur se déchirer d'angoisse.
Je n'ai pas vu ma chambre bien rangée.
Je n'ai pas vu la libellule se faire bronzer sur la plage.
Je n'ai pas vu la tarte aux pommes s'enliser dans ma bouche.
Je n'ai pas vu les étoiles tomber dans ma main.
Je n'ai pas vu le temps s'éterniser.
Je n'ai pas vu ma mère mourir.

mercredi 12 octobre 2016

 J'ai vu!


j'ai vu une championne de natation sécher sur une lettre
J'ai vu le ciel se refléter dans l'herbe
J'ai vu un enfant compter les points noirs d'une coccinelle
J'ai vu un prisonnier creuser un trou imaginaire
j'ai vu saigner le coeur d'une mère
J'ai vu un pique nique dévasté par l'orage
J'ai vu des tresses longues qui pendaient à une fenêtre pour inviter un amoureux à grimper
J'ai vu un bébé avec une tête d'adulte trop sérieuse
J'ai vu un bûcheron fendre la jambe de sa femme qu'il avait pris pour une bûche
Je n'ai en fait rien vu de "remarquable" sinon vous l'auriez "remarqué"!

Par contre
Je n'ai jamais vu de rose noire
je n'ai jamais vu pousser des fleurs sur l'estrade d'une institutrice
Je n'ai jamais vu de l'eau dans le gaz
Je n'ai jamais entendu de serpent coasser
Je n'ai jamais vu de roseau tenir bon face au vent
Je n'ai jamais vu de la sueur ou des pleurs se transformer en rivière

Mais j'y crois encore...!

vendredi 7 octobre 2016

Collectif questions/réponses (suite)

Qu'est-ce qu'une graine germée? C'est le soleil d'hiver.
Qu'est-ce qu'un livre? C'est l'amertume de la sève.
Qu'est-ce qu'une théorie du genre? C'est un échec assuré. A ne pas faire.
Qu'est-ce que la poésie? C'est un truc débile pour les grands rêveurs.
Qu'est-ce qui est gratuit? C'est une histoire d'amour.
Qu'est-ce que le nombre d'or? C'est une frise chronologique.
Qu'est-ce que l'amitié entre un homme et une femme? C'est une lueur d'espoir.
Qu'est-ce qu'une consigne? C'est un caillou sur le chemin.
Qu'est-ce que la gourmandise? C'est un synonyme de joie.
Qu'est-ce qu'une création? C'est de la perte de temps.
Qu'est-ce que partir? C'est comme un sourire en vacances.
Qu'est-ce qu'un souvenir? C'est une chanson.
Qu'est-ce qu'un ruisseau? C'est une libellule frémissante.
Qu'est-ce qu'être parent? C'est un grain de sable.
Qu'est-ce que déménager? C'est bête mais c'est la vie.
Qu'est-ce que le vide? C'est de la magie pure.
Qu'est-ce qui m'arrive? C'est pire que ce que je pensais!
Qu'est-ce qu'une essoreuse? C'est une belle pagaille.
Qu'est-ce que la mode? C'est un amoncellement de chaussures.
Qu'est-ce que la démocratie? C'est formidable, c'est extra, j'adore!

jeudi 6 octobre 2016

Collectif. Questions/réponses

Qu'est-ce qu'un plan sur la comète? C'est comme un bouton d'or qui respire.
Qu'est-ce que la modernité? C'est de la nourriture pour cochons.
Qu'est-ce qu'un sac de noeuds? C'est un ballon qui s'envole très haut.
Qu'est-ce qui se passe si la porte s'ouvre? C'est jouer avec le feu.
Qu'est-ce que la mémoire? C'est une bande de sable à l'horizon.
Qu'est-ce que la misère? C'est une histoire trop compliquée.
Qu'est-ce que l'administration? C'est un feu sans joie.
Qu'est-ce qu'une vie sans nuages? C'est l'illusion d'être heureux.
Qu'est-ce que la solitude? C'est voler de ses propres ailes.
Qu'est-ce qu'un olibrius? C'est fou, c'est à hurler... à oublier.
Qu'est-ce qu'un radeau? C'est toi et moi au galop le long d'une falaise.