samedi 4 juillet 2015

En son for intérieur... Bernard Marie Koltès - Combat de nègres et de chiens

Eleanor Smith
De longs cheveux gris, retombant en vagues, de magnifiques yeux de couleur vertte pâle, on dirait ceux d'une chatte.
En son for intérieur, une lente musique douce et mélancolique, une complainte joyeuse jouée au piano.

Manuel Lepic-Goncalvez
D'abord une peau cuivrée, tannée par le soleil et les travaux d'extérieur. Ensuite des mains, massives, caleuses, marquées, griffées, rugueuses, puissantes.
En son for intérieur, un oiseau, sautillant, un pinson, curieux et prêt à s'envoler quand sa liberté est menacée.

Louise Delambre
Peau parfaite, grain régulier, visage rond, poupée au sourire figé, cheveux tirés en arrière, attachés en chignon bien sûr, port de tête royal.
En son for intérieur, une pièce étroite, sombre et sans fenêtre, fermée à clef, une fillette oubliée.

Manuel travaille chez les Delambre. Il entretient le jardin une fois par mois, parfois plus fréquemment si on le lui demande. Il aime bien aller chez les Delambre, ils sont guindés, ampoulés, presque snobs c'est vrai, mais ils restent corrects et ils paient bien pour le travail effectué. Mais surtout il y a Louise... Manuel aime observer cette fille si jolie et si lointaine. "Cette gamine a l'air absent" pense-t-il. Il espère trouver l'occasion de pouvoir lui parler, un jour.
Louise n'est pas très bavarde, elle a peu d'amis, sauf cette dame qu'elle a rencontré il y a quelques temps au parc, à qui elle se confie de temps en temps. Elle ne sait rien d'elle, à part son prénom. Eleanor... C'est beau Eleanor, c'est peu commun...

Selfies ...à la maniere de Sylvie Weil

Moi, m'ennuyant à une réunion de travail
Une table ronde, des gens autour, 
Quelqu'un au tableau présentant des diagrammes de Venn,
Une fenêtre, vue mer... 

Moi, préparant un chili con carne
Plan de travail surchargé, 
Poivrons, Tomates, Oignons coupés en dés, 
Chef cuistot totalement dépassée

Clapotis, Torpeur, chaleur...
Soleil mordant
Moi, bronzant, face à la mer, sur un rocher

En colère
Grande agitation
Profonde exaspération
Impatience qui ne dit pas son nom

Je la cherche du regard, je la trouve enfin, 
toute petite, si mignonne, 
regard embué, embrumé, regard émerveillé
Moi, assistant au spectacle de danse de ma petite nièce

Visage Paysage Marie Pierre

Le visage est doux,
des mèches blondes viennent caresser la joue droite, de légères rides marquent le sourire.
C'est un sourire franc, de toutes les dents, et les yeux bleus ajoutent leur étincelle à l'ensemble.
Le regard est profond... Gravité et ironie...

Visage Paysage Jeanine

Sur ce visage, chaque détail compte,
comme dans un tableau pointilliste les touches sont précises, distinctes et forment un tout harmonieux.
Une peau hâlée, un front dégagé, très peu marqué,
Quelques mèches de cheveux blonds apportent ce qu'il faut de légèreté et de douceur,
Une bouche fine et maquillée, surement plus par élégance que par coquetterie,
Des sourcils fins et travaillés.
Les yeux fermés, on la sent paisible et calme.
Mais dès que les yeux s’ouvrent, tout se réveille : les yeux rient, la bouche sourit et c'est tout le visage qui devient espiègle. On peut y lire la joie et deviner des souvenirs heureux.

Visage patchwork

J'imagine un visage qui aurait...
la bonne mine de J. Une touche de soleil, de miel et d'horizons lointains, 
les yeux bleus de M. pour tout analyser
la bouche de B. pour le sourire espiègle,
la mâchoire carrée de M.P. pour la détermination, 
la barbe poivre et sel de P. pour la maturité,
et les cheveux épais et en chou-fleur de M. pour la folie !

mardi 16 juin 2015

Nouvelles en trois lignes à la manière de Félix Fénéon

Il voulait tout faire flamber. Idée peu flamboyante car seule sa voiture, pas vraiment flambant neuve, flamba.

M. Troupier, boucher, s'est tranché le doigt.
M. Ridoit, tripier, s'est écorché le pied.
Couteaux et querelles ne font pas bon ménage.

Troisième jeune homme retrouvé mort chez Mme Sapin. Officiellement, accident. Meutre, murmure la rumeur. La veuve n'est pourtant pas noire.

M. Riclou, clerc, avait perdu ses clés. Claude C. clochard, les lui a rapportées. Éclosion d'une belle amitié.

Mme Richard, adjointe au maire, n'aime pas les Noirs. « Ce n'est pas du racisme, assure-t-elle, c'est de la négrophobie. » Le CRAN à cran.

Bébêtes

Les Silonnes sont besogneux. Toute la journée ils travaillent, et la majeure partie de la nuit aussi. Tout le temps la machine silonne tourne, jamais elle ne s'arrête. Les Silonnes se relaient sans cesse pour maintenir le rythme. La machine doit tourner. Pour qui pour quoi, ils ne savent pas. Ils n'ont aucune idée d'à quoi sert leur travail, à quoi sert la machine, mais ils le font, sans jamais se plaindre. Pour un Silonne, le résultat, le pourquoi, importe peu : seul le travail compte.

Les Ajabres parlent. De tout et de rien. Ils passent leur temps à parler, ne prennent même pas la peine de s'arrêter pour manger, ni pour dormir. Il est de coutume pour un Ajabre de s'assoupir au milieu d'une phrase, d'un coup, pour ensuite la reprendre comme si de rien n'était lorsqu'il se réveille. Oui, les Ajabres sont tous narcoleptiques. Une grande partie de leurs discussions consiste à se mettre au courant de ce dont les autres discutent. C'est en discutant des autres discussions qu'ils ajoutent parfois une réflexion propre, au passage, qui vient relancer ladite discussion. Il va sans dire que la plupart de celles-ci tournent en rond, et que les autres ne vont nulle part.

Les Tourpozinthes ne bougent pas, ou quasiment. Ils vivent sur leur tas, qu'ils l'aient extirpés des mains de quelqu'un – usuellement leur géniteur/trice – ou qu'ils l'aient amassé eux-même. Un tas de tout et de n'importe quoi. Ce qui le compose n'est pas pertinent, seul le tas importe. Sa taille surtout. Plus grand le tas, plus important le Tourpozinthe. Mais gare aux voleurs, ils sont légions parmi les Tourpozinthes, principalement au sein de leur propre famille. Un Tourpozinthe passe sa vie à défendre son tas contre les appétits étrangers, en sus de travailler à son agrandissement. Il la perd souvent de la même manière.