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lundi 16 février 2015

Journal d’une femme ordinaire.


Samedi 24 Janvier 2015.
Ça y est, il s’est enfin dévoilé ! En allant prendre sa douche il a laissé tomber son portefeuille. Je l’ai ramassé, ouvert et j’ai tout vu ! Il y avait dedans la photo du visage d’un jolie jeune femme brune avec écrit au dos de sa main « à mon Anouchka chérie ». Bien vite le l’ai ramassé, j’ai tout remis en place et je suis retournée au lit, faisant semblant de dormir.

Dimanche 25 Janvier.
Cet après midi, il s’est absenté sans raisons. Il est rentré tard le soir. Son haleine puait l’alcool. La photo avait disparu.

Lundi 26
Cette nuit, j’ai fait des rêves bizarres : j’étais dans mon lit, je n’arrivais pas à bouger et c’était comme si les murs de l’appartement se rapprochaient peu à peu. Sa présence invisible remplissait tout l’espace.

Mercredi 28
Le soir, il est revenu avec des fleurs et des gâteaux. Pendant toute la soirée, il a été très gentil. Au moment de se coucher, j’ai fait semblant d’être malade. Dans la nuit, j’ai compris qu’il ne dormait toujours pas. Le silence entre nous était comme une menace.

Vendredi 29 janvier, dans la nuit.
Son visage a changé, je m’en suis brusquement rendu compte ce soir. Ce n’est plus le même homme. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi. On dirait un étranger. Quand il passe une porte, il me fait penser au charcutier de la Schawzgasse. Ses doigts sont rouges, épais et sa peau blanche me fait penser à celle d’un cochon.

Dimanche 1 Février.
Hier samedi j’ai découvert dans le sac des courses un grand couteau de boucher. J’ai failli m’évanouir de peur. Heureusement, il était à ce moment là dans la salle de bain. Après, naturellement, il l’a sorti et s’est mis à découper une grande pièce de bœuf qu’il avait achetée la veille. On dirait qu’il a fait cela toute sa vie ! Moi, le plus calmement possible, j’ai épluché les carottes et coupé les oignons. C’est vrai, j’ai bien pleuré. Après, il a tellement bu et mangé qu’il s’est endormi tout de suite. Moi, de soulagement, cela m’a donné envie de chanter.

Lundi 2.
Tout à l’heure, quand il m’a vu dans ma robe du dimanche, la valise à la main, il n’a plus dit un mot. Son visage s’est fermé. J’ai vu que ses mains tremblaient. Je lui ai dit que j’allais chez ma mère chercher des affaires. Pendant tout le trajet, j’ai pensé à mon mensonge. Dans la valise, il y a mes affaires pour partir et je n’ai rien dit.

Mardi 3.
Chez ma mère, ce n’est vraiment pas drôle. Elle passe ses journées devant sa fenêtre, sans rien dire. Moi aussi, je ne lui ai rien dit. On a mangé en regardant la télé et puis après chacune est rentrée derrière les murs de son silence. J’ai ressenti un grand vide. Difficile à décrire.

Mercredi matin.
Je suis revenue. Chacun a fait semblant qu’il ne se passait rien. Lui, parle pour ne rien dire, moi je reste dans mon silence. Le soir, il a bien fallu passer à la casserole. Heureusement ce fut rapide. Après, j’avais mal.

Jeudi 5 Février
Je n’ai plus faim : Je lui fais quand même à manger, cela m’occupe. Et puis, si j’arrêtais, il ne comprendrait pas. Alors que j’avais tout préparé, il n’est pas rentré. J’ai pensé à la photo.

Vendredi.
Aujourd’hui les choses sérieuses ont vraiment commencé : en revenant il a rien dit et a commencé à me cogner, comme cela, sans prévenir !

Samedi
Ça recommence, j’ai peur !

Dimanche
La nuit dernière, j’ai fait un drôle de rêve : L’énorme cochon de tante Lucie était mort en mangeant de la mort aux rat ! Au réveil, je me suis mis à rire ! Lui, m’a pris pour une folle et est parti sans rien dire. Je ne l’ai pas vu de la journée

Mercredi 11 Février
J’ai bien réfléchi à l’histoire du cochon de tante Lucie. Dans l’après midi, j’ai pris ma décision, ferme, définitive ; J’ai été à la droguerie, là ou il a acheté le couteau. J’en ai pris un sac. Dessus, en rouge on avait dessiné un rat bien mort avec en dessous écrit « Effet garanti » Cela m’a fait du bien ; Pourtant, je ne me sentais pas à l’aise. Au fond de la boutique, j’ai cru voir une personne qui  m’observait ; Je me suis dis que je devenais folle.

Jeudi :
Ça sera pour samedi ! Normal c’est la St Valentin ! j’ai fini de faire les courses ! Pour faire bien vraisemblable j’en a mis quelques petit tas dans le grenier.

Vendredi 13:
j’ai commencé à faire la cuisine, en faisant mariner les morceaux de bœuf dans du vin avec des oignons et des carottes. Quand il m’a vu travailler, je lui ai dit que c’était une daube pour demain .Je crois qu’il est content …. Cela va me porter bonheur !

Dimanche 15 Février:
Je vais tout vous raconter, cela s’est super bien passé ! Le soir comme je savais que cela aller être la fête, j’ai mis ma petite robe d’été avec tout les accessoires. Après, au fourneau, ma belle ! A la fin de la cuisson, j’en ai mis un bon verre dans la sauce ; Au repas, l’ambiance était bonne ! Je lui ai dis que pour lui, je ne prenais que de la soupe pour rester mince. Lui, il s’est resservi ! L’effet garanti s’est bien produit ; C’était un peu dégueulasse, mais bon, il l’avait bien cherché ! Comme je ne suis pas bête, j’ai pris soin d’appeler le médecin. Seulement, c’était un peu tard ! En signant le papier, il m’a lancé un regard bizarre et m’a dit qu’on viendrait le chercher que demain. J’ai passé le reste de la nuit sans fermer l’œil ; J’en ai profité pour faire le ménage et surtout la vaisselle.

Lundi :
Ouf ! , ils l’on emmené ! Bon débarras ! C’est qu’il en prenait une place sur la table du salon ! Il était vraiment gros et lourd ! Quand j’ai remarqué que les types de la morgue faisaient la tête, je leur ai proposé un petit verre de vin. Ils ne se sont pas fait prier ; Moi, dans ma petite robe noire et avec mes yeux frottés aux oignons, j’ai bien pleurniché. Je suis sûr que l’un des deux, à sa manière de me regarder m’aurait bien consolé…

Mardi :
C’est les vacances, enfin ! Je me suis consolé toute seule. Tu vois, ma petite, avec ton imagination tu vas pouvoir aller de l’avant !

Mercredi :
En deux temps trois mouvements les obsèques ont été réglés ! Vite fait bien fait !

Jeudi :
Je croyais être enfin tranquille mais ça m’est tombé dessus sans crier gare : Au petit matin sur un coup de sonnette, les gendarmes ont débarqué. Ils m’ont dit que sa maîtresse m’avait dénoncée ! J’ai reconnu sa photo. Manque de bol, justement, elle travaillait à la droguerie ! Elle a tout vu ! Elle savait tout !

Vendredi :
Devant le juge d’instruction j’étais calme. J’ai tout raconté, sans problèmes. Mieux, ça m’a fait du bien de parler un peu. Lui, m’écoutait gentiment, je suis sûr qu’il me comprenait !

Samedi :
Ma nouvelle vie commence ! C’est bizarre, je me sens bien : dans ma prison, je me sens presque libre. Je parle toute seule !


dimanche 15 février 2015

Trois personnages


L’homme aux pieds ailés

Je suis le danseur, l’acrobate ailé. L’équilibre est ma vie : j’ai les pieds sur une corde et la tête dans le ciel. J’arpente l’espace comme d’autres font des rimes.

Je donne tout à voir et plus rien à penser.

Pourtant, un jour c’est arrivé, je me suis cassé le pied. C’est toujours bête une chute : C’est fini de rêver ! Tu dois rester allongé le pied en l’air et la tête en bas. Maintenant l’horizon est au ras des pâquerettes !


La fille aux yeux de rêve.

Je suis celle que vous ne rencontrez jamais :
Mes yeux verts sont l’envers du monde.

J’ai connu les voyages et les sommeils d’avril,
L’étonnante stupeur de l’opium paisible,
Et surtout ces ailleurs que personne ne dit.


L’éternel enfant.

Je suis l’enfant aux joues douces et fraîches.
Je ris de la vie car elle est tout sourire.
Mes dents brillent de l’éternelle fraîcheur
Et je dors dans mon lit d’un sommeil paisible.

J’ai du printemps l’éternelle jeunesse.
Je suis le jeu et la course du poulain,
l’odeur des près et la lumière du vent.


lundi 26 janvier 2015

Lettre au père Noël


C’est vrai, cher papa Noel quand j’ai reçu ta carte hier j’ai eu une grande surprise : je ne te voyais pas comme me le montrait dans la carte, vu ton âge, danser avec une dame qui elle aussi avait une grande robe rouge ! Leur mouvement tourbillonnant sur des patins à glace se passait sous une pluie d’étoiles émerveillées. C’était magnifique ! Comment te dire ? J’ai été ému. Tu le sais bien : il y a des cadeaux qui ne peuvent se regarder que bien caché à l’abri dans le secret.

Ce sont les cadeaux de la caverne d’Ali Baba et c’était un instant comme si j’en avais trouvé le sésame. (Cela m’enchante et m’étonne encore aujourd’hui) Je crois que jamais, je n’en comprendrai la formule magique, mais, vois tu je la dis encore avec ferveur en pensant à toi. Un instant on se prend à rêver. Il existe un pouvoir qui transforme notre vie, qui nous permet de passer de la citrouille au carrosse, de cendrillon souillon mal aimée à l’éblouissant destin d’une princesse adorée. Les douze coups de minuit peuvent bien sonner maintenant. Je sais que tout est réversible et même éphémère, mais je sais aussi maintenant que le monde et nos vies sont plus vastes que ce qu’elles peuvent bien nous donner à voir et à entendre.

Voilà, cette carte est bien arrivée à propos. Bientôt le solstice d’hivers inversera la courbure des jours et celle du temps. L’ombre ne dévorera plus la lumière et chaque jour sera un peu plus long. Voilà, c’est cela la danse, la lumière et son indicible secret : elle nous garde les yeux ouverts dans l’exacte lucidité du chemin si doux que nous passons ensemble.



Portrait d’une voisine (de table)


Je vais vous donner quelques fleurs qui poussent dans ma vie. Elles grandissent dans les jardins du temps. Le mien, le seul que je comprends. C’est jeudi matin : Souvent, il fait beau. C’est le jour du marché. Je me réveille et je sais que ça y est : La vie est là ! Tout : les mots, les couleurs, la douceur des étoffes, la bonne odeur du pain ! Le cœur content je descends dans la rue. Mon pas est léger et ma main serre secrètement mon porte monnaie. Voilà, je vais vous dire, je suis à la recherche d’un trésor. Ne me demandez pas lequel ! Moi-même, je ne le sais pas ! Cela remonte il y a si longtemps. Je ne peux en parler.
Ce que je sais, c’est que rien n’est plus doux que ces visages aimables, rien n’est plus vrai que ces moment à moi, rien n’est plus bon que l’odeur du pain chaud. Quand je l’achète là bas chez mon boulanger préféré, je suis sûr qu’il est bon. Bon de ses farines bio, bon d’être rompu et partagé, bon comme ces moments uniques.
Pour les fleurs, c’est autre chose. J’ose à peine en parler. Elles le font si bien sans nous ! Leurs mots sont les couleurs et leurs phrases un parfum. Je les ramène chez moi et cela me suffit. Elles sont présentes pendant de longues journées. Voilà, ce sont les fleurs qui poussent dans ma vie…..

Confidences


Je vais vous dire quelque chose que je n’aurais jamais du vous dire mais que je vais vous dire quand même car vous êtes mes amis. Le Je n’a pas forcément l’importance qu’on lui donne trop facilement.Le Je ne fait que participer à la fabrique de l’illusion du moi.

On croit construire un monument en étant l’architecte des forces invisibles qui nous tiennent debout ; Comme pour les cathédrales de pierres si lourdes qui élèvent leurs arches légères à la rencontre de la lumière on croit un moment tenir le plan, être le maçon, l’initié puis le maître. On croit, c’est notre force de vie. Sans elle impossible de tenir debout, sans elle impossible de redresser la tête et d’humer le printemps et son ivresse parfumée.

Mais, comme la vague qui revient, le temps rabote dans sa houle les rivages. Rien ne lui résiste, tout se disperse. Les physiciens nous diraient que la matière, même le plus dur des granits, n’est fait qu’en grande partie que de vide. Le moi n’échappe pas à la règle. Il est comme les tissus qui de loin ont le drapé élégant des mots charmants, mais qui de près, de très près ne sont que des toutes petites mailles qui laissent passer le vent.

Je vous dis, ce que l’on a à dire n’a pas beaucoup d’importance. Ecoutez simplement le vent et laissez vous bercer…


Un jour


Un jour,
Nous arriverons sur une planète déserte où tout sera à faire.
Une ville sous cloche brillera le matin aux rayons d’un soleil nouveau.
Soleil rouge sang, soleil d’or, soleil étincelant d’une lumière de rêve.

On verra la nuit, derrière son dôme de verre s’étendre l’espace immense.
Dans l’horizon mauve s’éteindra Véga et brûlera Bételgeuse
La voie lactée sera au Nord comme un grand chant d’étoile 

Son ondulation nacrée épousera la courbe du Nouveau Monde.
Des astronefs survoleront l’horizon dans un glissement silencieux et magique.

Des femmes au regard trouble diront une langue étrangère que vous comprendrez tous.
Leur mains seront fines et leurs prunelles d’un bleu couleur de Terre.

Tout sera à faire et le possible étendra infiniment ses bras

Dans le chant harmonieux des forces du Cosmos.



lundi 15 décembre 2014

Bestiaire fantaisiste


L’ours noir du Népal.
Il est raconté dans les légendes indiennes que l’ours noir du Népal est capable de manger en un seul repas pas moins de trois yacks ! Son estomac extraordinaire a la capacité de gonfler presque indéfiniment, si bien que sa digestion et son sommeil peuvent se prolonger pendant les longs mois d’hiver.

La Licorne du milieu de la nuit.
Il est rapporté dans le manuel des humeurs sombres à l’origine aussi incertaine que douteuse (Transylvanie, 1147 ? ) que certaines personnes confuses à l’imagination exacerbée sont capables de rêver au milieu de la nuit de la Licorne Noire. L’épouvante provoquée par cette vision est, selon certains, un signe d’un funeste présage : immanquablement on retrouve dans les heures qui suivent ces personnes passant de vie à trépas dans d’atroces angoisses.
La crispation infinie de leurs visages, des hématomes, des griffures et d’atroces automutilations abjectes défigurent leurs corps qui semblent avoir accompagné leurs âmes aux confins des mondes noirs de la mélancolie.

Le mammouth Scandinave.
Dans les annales d’un monastère du haut moyen âge (année 998 après J.C) du bourg de Falaise il est écrit de source sûre que les barbares du Nord, ces féroces Vikings amenèrent dans un gigantesque Drakkar un animal exceptionnel. C’était un mammouth scandinave : Titanesque il ne mesurait pas moins de 20 coudées et sa masse extraordinaire était capable de réduire en miettes le plus fort des remparts. De plus son pelage était aussi roux que le manteau du Diable !
On rapporte que les pauvres chrétiens du bourg de Falaise crurent voir en l’apercevant l’incarnation animale de l’Antéchrist venu sur terre pour ravager le monde à l’approche de l’an mil !

Le mouton à cinq pattes.
Invention très moderne de l’administration. Pris par une inspiration profonde, des cadres motivés de la fonction publique imaginèrent cet animal fabuleux comme la représentation métaphorique de l’employé modèle :
Le mouton à cinq pattes devait répondre avec diligence et efficacité aux demandes variées et infinies des usagers. Dans le même temps, il devait ne jamais se départir de l’attitude humble et soumise inhérente à sa fonction.



Quelqu’un

Quelque part quelqu’un parle de quelque chose,
Quelqu’un d’autre l’entend mais il est sourd,
Quelque part ce quelqu’un se demande :
Quelqu’un comprend t’il quelque chose ?
Quelqu’un de nulle part,
Quelqu’un d’ailleurs.

Quelque part quelqu’un parle de quelque chose,
Quelqu’un au cœur léger de montgolfière à
Quelqu’une murée dans un silence de pierre.
Quelqu’un entend t’il quelque chose ?
Quelqu’un de nulle part,
Quelqu’un d’ailleurs.

Quelque part quelqu’un parle de quelque chose,
Quelqu’un aux mille et une vie à
Quelqu’une aux mille et une nuit.
Quelqu’un de nulle part,
Quelqu’un d’autre,
Quelqu’un d’ailleurs.



Liberté chérie !


Jojo : (l’enfant sauvage. Nus pieds, habillé d’un pantalon sale et d’une chemise débraillée, les cheveux ébouriffés qui n’ont jamais connu le peigne) : Pour moi la liberté, c’est la nature : le vent, la course dans les champs, les pierres et leur mousse, l’eau libre !

Tchalco : ( le violoncelliste. Barbu avec des cheveux bouclés il a les yeux noirs de malice et les mains fines et agiles des musiciens virtuoses) : Pas de doute, ma seule liberté, c’est la musique. L’impro est la création pure. Sans elle, je ne suis rien car tout ce que je suis est ce qui est vivant, ne se voit pas et s’entend seulement !

Hélène : (la danseuse de flamenco. Belle, les cheveux noirs tressés entourés d’un foulard, elle porte avec aisance une robe rouge qui descend jusqu’aux chevilles) : tu le sais bien, quand tu joues de ton violon, c’est la vie qui danse et moi avec ! Voilà ma liberté ! C’est celle du mouvement, l’éclatante liberté du plaisir, la joie du corps léger, l’infini permanence de l’éclair !

Ratignasse : (l’éleveur de chevaux. Cet homme massif porte des bottes et un chapeau de feutre. Ses cheveux gris sont courts, sa peau est basanée, il a toujours une veste au dessus de sa chemise) : c’est vrai Hélène, tu nous éblouis comme un soleil de jeunesse mais pour moi, tout cela passe et seul reste en moi la course des chevaux. J’aime plus que tout, leurs muscles saillants, leurs souffles profonds dans une course au galop effréné !

Bébert : ( le conteur, un homme simple) : Tout cela ne serait pas possible sans le rêve : le rêve d’espace de musique et de danse. Le rêve d’un cavalier fou et de sa course d’étoile !

Fernande : (la maman : d’un certain âge, elle a une silhouette ronde. Ses cheveux coiffés en deux tresses sont surmontés d’un chapeau de feutre. Elle porte une grande jupe plissée grise et un chemisier de laine). : Tu radotes, Bébert ! Rien n’est plus doux qu’une tranche de lard et une bouchée de pain dans l’estomac de l’homme qui a faim ! Ne t’es tu jamais posé la question ? Vis tu de l’eau des chansons des danses et de l’amour ?

Jojo : oui, moi j’en vis ! J’embrasse la terre, je me roule sur elle et en fermant les yeux je mets mon nez dans l’herbe et je respire enfin. Quoi ! N’est tu pas capable de comprendre cela ?

Tchalko : Laisse un peu ouvert tes oreilles Jojo ! bien sûr tu comprendras mieux les oiseaux, le vent dans les sapins et le rythme sourd de ton cœur ! Mais, ce n’est pas suffisant. Ecoute enfin la musique : c’est la seule vraie vie ! L’élan ! Le départ de tout !

Hélène : Vient jojo ! Ne les écoute pas ! Vient te reposer à coté de moi ! Tu es l’enfant que je n’ai jamais eu et je suis celle qu’il te faut ! Mon corps est ton refuge, ton jardin et même ton lit douillet ! Joue nous de la musique Tchalko ! Je veux qu’il danse aussi ! je veux des éclairs du rythme et de la vie !

Rastignasse : C’est vrai ! Laissez-vous aller ! Dansez, enivrez vous ! (il débouche une bouteille) Moi et mes chevaux nous vous regarderons. Demain, avec eux nous pourrons partir à nouveau, plus loin, plus haut, derrière les collines, au-delà des montagnes ! Nous découvrirons l’horizon et les ciels d’ailleurs !

Bébert : vous êtes ma vie, mon cœur, mon âme ! Vous êtes l’énorme creuset dans lequel bouillonne mes histoires : sans vous je ne serais rien Les mots que vous me donnez sont les échos de mon âme, son extrême résonance. Merci, grâce à vous je voyage et j’ai les yeux fermés !

Fernande : Venez mes enfants du voyage ! Venez là et régalez vous bien ! Ma marmite c’est mon cœur qui bouillonne. Il y a dedans tout les légumes du monde, les poèmes et les histoires, le pain et la viande si doux à vos palais !

N’oublie pas le vin, Rastignasse ! C’est le nôtre, celui de la bohème ! Son parfum c’est celui de la liberté : ses couleurs sont écarlates et il claironne dans la nuit !



samedi 29 novembre 2014

Appartement 117, 13 ème étage.

Elle est assise en tee-shirt et jean devant son ordinateur. Elle sourit à l’écran. Derrière elle, son lit défait. Dans un coin, un nounours, dans l’autre une guitare. Elle écrit sur son clavier : sa chambre
est une bulle et son monde est ailleurs.
Il y a un comme un parfum qui flotte. C’est sûr, la vie est passée par là. Dehors, à travers les rideaux entrouverts, miroite la ville et ses immeubles en mille petites lumières.

Voilà, elle a fini. Elle clique sur « envoyer ». Le message est parti. Les bips électroniques passent de la mémoire au réseau  et arrivent comme des milliards d’autres dans un gigantesque data center.   Là, ils attendent gentiment que son destinataire l’ouvre.

Elle sourit, sa lettre est envoyée. Elle pense au temps d’avant, celui du papier et des enveloppes. Elle n’est pas nostalgique : Son plaisir de correspondre est toujours aussi grand. Distraitement, elle se lève. La pendule marque deux heures du matin, elle ne veut pas dormir.

Pourtant, elle préfère s’allonger. Son jean est trop serré. Elle le quitte et c’est un soulagement. Quel est ce monde si virtuel aux sensations et aux émotions si réelles ?  A coté  d’elle, soudain  les objets se mettent à respirer. Elle aussi peut maintenant se détendre : dans sa chambre, elle est dans sa bulle et son oreiller lui tend gentiment les bras

________

Voilà, justement une histoire que l’on rapporte sur cet appartement 117 : Il y eut dans cet endroit pendant de nombreuses années une sorte de groupement mystérieux que l’on appela sans trop savoir pourquoi  « la secte des trois hommes libres » 

Elle ne fit jamais parler d’elle directement. On entendit seulement sur elle des échos, des rumeurs, des suppositions sans que jamais quoi que ce soit fut prouvé par des faits réels. Elle était comme la matière noire qui justifie seulement sa réalité par les effets gravitationnels indirects sur les astres 
visibles de l’univers.

C e qui est certain, est que là, habitaient trois hommes que rien normalement aurait dut réunir : pas d’intérêt financier, de pouvoir, de sexe, rien de tout ce que les gens imaginent normalement. Pas, non plus  de lien de famille, au sens ou on l’entend communément.

Ce que la concierge de l’immeuble avait remarqué  est que ces trois personnes se réunissaient tout les mardis soir alors que seulement un seul des trois à tour de rôle habitait là haut pendant une semaine.  Jamais, malgré quelques tentatives infructueuses, elle ne put pénétrer à l’intérieur. De temps en temps, l’esprit tiraillé par la curiosité, elle montait (par les escaliers, pour ne rencontrer personne et éviter le bruit de l’ascenseur) et collait son oreille indiscrète à la porte. Souvent, elle n’entendait rien. Quelquefois de la musique. C’était du classique, c’est tout ce qu’elle put dire. Je vous épargne les détours un peu sombres dans la pensée de cette dame. Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’elle remplissait sans fin le vide de sa vie avec celle des autres, et que, comme ce vide était intersidéral, elle ne finissait jamais de le remplir. En vain.

On suppose, dans les milieux bien informés, qu’il y aurait eu dans cet endroit une sorte  de groupement secret, une secte, puisqu’il faut bien lâcher le mot. La définition de cet univers est d’être parallèle, un peu comme une bulle, à coté,  impénétrable au commun des mortels.  Leur code de communication reste secret et mystérieux. Dans l’esprit de la concierge, l’idée d’un groupe 
terroriste plana, bien sûr ! Un des individus avait la tête d’un arabe mais les deux autres
ressemblaient à des européens tout à fait normaux. En plus, ils n’avaient pas de barbes, ce qui, à la réflexion, lui enleva tous ses doutes.

Ils s’habillaient de la façon neutre et grise de ceux que l’on croise habituellement dans la rue sans
jamais les remarquer. Ils portaient toujours avec eux, une sorte de petit attaché case qui semblait d’un poids normal. 

Les suppositions auraient pu continuer indéfiniment :  il manquait indiscutablement des faits, des objets, n’importe quoi sur lequel une réalité aurait pu construire sa représentation. Rien que cela était une sorte de souffrance, un doute qui se creusait dans le silence dans l'esprit des voisins de 
l’immeuble ; Il manquait une case à leur réalité : c’était l’appartement 117 !



dimanche 9 novembre 2014

La femme acéphale


Je ne pense plus avec ma tête et je vois toujours le soleil à travers la chaleur de ma peau : je suis bien, il fait chaud. Un édredon de plume me sert de nid à rêves. L’oreiller, je le mets sur mon ventre et mes fesses rondes et fraîches me servent de climatiseur.

Mes doigts de pieds jouent de la musique mais je ne dédaigne pas le silence. Il est vaste, c’est le trésor du temps. Je ne compte plus car tout compte pour moi : l’homme au cœur papillon est mon amant du mardi après midi; nous parlons avec les mains; il aime bien particulièrement mes seins qui le lui rendent bien d’ailleurs. 

Après, nous allons au restaurant, dans sa grande voiture rouge décapotable. 
Alors, il met de la musique et nous fermons les yeux. C’est toujours bien car nous ne risquons rien : nous connaissons les codes de bonne conduite.

Nous dormons à la belle étoile, vivant d’eau fraîche et de l’air du temps; ce n’est pas celui de la télévision, c’est le notre, celui qu’on invente remonte et démonte comme une montre d’argent.

De moi, de nous, il y a tout à vivre puisqu’il y a rien à raconter. Nous mourrons en même temps que nos cœurs. Nous sommes de la même race, du même sang : il est rouge vif ardent et il reste vivant !

lundi 27 octobre 2014

TRANCHE DE VIE. ( états d’âme d’un spermatozoïde )


Je peux vous le dire, le spermatozoïde est très seul avant qu’il ne trouve sa belle, le gros ovule qui lui servira d’âme sœur ! C’est en quelque sorte une solitude extrême, celle d’un coureur de fond : un seul coup de départ, une seule compétition et un seul vainqueur ! Il à intérêt à garder le moral car on peut dire qu’il a de la concurrence !
Alors, quand il s’approche de la ligne d’arrivée j’ai de la peine a vous décrire son exaltation ! Le gros ovule est là, tapi au fond de son nid ; On pourrait croire qu’il dort, mais il n’en est rien ! Tout sa vie est concentrée dans son énorme rondeur, oui, car il est énorme, cent fois plus gros que lui et lui se trouve irrésistiblement attiré par dans une sorte de magie biologico mystérieuse par cet astre de vie : on peut le dire, c’est au niveau cellulaire comme la naissance du sentiment amoureux !
Donc, il n’a pas le choix, il lui fait du rentre dedans en se précipitant à sa rencontre : sa tête vient cogner contre sa paroi et doucement y pénètre...
Quel pied pour lui : c’est la gloire ! Il est le seul élu et tous les autres peuvent aller se brosser ! Pour rentrer, il a fait un ultime effort avec sa longue queue de têtard ! il peut enfin se reposer : dedans c’est chaud, rose et cela sent comme un parfum de bébé. C’est tellement bon qu’il perd ses idées agressives de spermatozoïde victorieux !! Elles se dissolvent comme une goutte d’eau dans la mer. Pour la première et la dernière foi de sa courte vie, il ressent l’exacte dimension infinie de la tendresse cellulaire.
Bon, sa queue, il la laisse dehors puisqu’elle est inutile. Les autres spermatozoïdes se marrent bien quand ils s’en aperçoivent mais je peux vous dire que cela ne dure pas longtemps !
D’abord, comme leur copain, ils essayent d’y aller ! Mais bon, ils ont beau essayer cela ne marche pas ! Alors, jaloux, il ne leur reste plus qu’a assister au spectacle ! Dedans, il y a un sacré remue ménage : chacun pour que la fête soit complète a décidé d’oublier son identité : les chromosomes se mélangent et puis comme au quadrille, ils viennent se faire face ! La musique commence et la première mitose se produit, c’est le début de la danse de la vie !
Dehors, les autres ne rigolent plus du tout : ils ont compris ; ce sont les perdants, ceux de la loose, le troupeau des paumés qui, à force de se cogner la tête contre la triste réalité finissent par se la prendre pour de bon, tellement ça fait mal !