vendredi 27 janvier 2017

Doléances

1.  - On est toujours mouillé.
2.  - On avale des saloperies.
3.  - On se fait tirer dessus.
4.  - On nous ramasse dans des filets.
5.  - On meurt étouffé par vos plastiques.
6 .  - En plus vous pissez dans la mer.
7.  - Et vous dégazez vos bateaux.
8.  - Vous creusez des forages pour le pétrole.
9.  - Les touristes de vos bateaux nous jettent leurs ordures.
10.  - Et leurs mégots.
11.  - Vous nous balancez même des mobylettes et des caddies.
12.  - Vous ne vous préoccupez pas de ce qu'il y a sous la surface de la mer.
13.  - Alors on bouffe votre merde, on boit votre pisse.
14.  - On vit dans vos poubelles.
15.  - C'est facile, puisqu'on ne crie pas!
16.  - On en a ras l'écaille!!!

TIC TAC TOC

Sentir tout ce qu'on met à la bouche.
Toucher tout le temps: le bois, le tissu, la pierre.
Frotter son pouce avec son index.
Marcher sur le bord des trottoirs en essayant de ne pas tomber.
Manger les têtes de poissons.
Parler aux animaux et même aux vers de terre.
Hausser tout le temps les épaules.
Dire souvent: truc de malade.
Pencher la tête sur le côté pour écouter les gens.
Allumer une cigarette quand le téléphone sonne.
Renifler ses petites culottes et ses chaussettes.

Quand j'ouvre ma fenêtre

Quand j'ouvre ma fenêtre sur mon coeur, je vois des gens. Plein de gens. Tous ceux que j'ai aimé, que j'aime et même ceux que j'aimerai.
Je vois le sang qui prend parfois l'autoroute à contre sens au risque de provoquer des accidents.
Je vois la maison de l'enfance avec ses odeurs, sa chaleur et ses bruits de bombes.
Je vois la plage au bout du maquis parfumé.
Je vois mon homme et mes enfants. Rencontre, naissance et croissance.
Je vois la maison rose sur le morne, entourée de bougainvilliers et inondée de bruits d'insectes.
Quand j'ouvre ma fenêtre sur mon coeur, je vois des clous plantés par la vie, la mienne et celle de ceux que j'ai connu.
Ces clous sont rouillés et  ça fait joli finalement!


Quand j'ouvre ma fenêtre sur mes yeux, je vois la faille.
La cicatrice.
L'ancienne blessure qui sourit quand même, parce que c'est bien d'avoir des yeux.
Pour voir dehors.
Mais aussi dedans.
Pour voir les autres.
Plonger derrière l'iris et se glisser en eux.
Savoir s'ils ont une cicatrice eux aussi.
Quand j'ouvre ma fenêtre sur mes yeux, je sais qu'ils voient pour deux.



Quand j'ouvre ma fenêtre sur mon corps, je me dis qu'il vieillit. Il devient mollasson et flétri. Paresseux et niais. Bientôt inutile.
Il faudrait faire quelque chose! Mais je suis comme lui: j'ai la flemme.

En général

En général une maison a un toit.
Un toit pour se protéger de tout ce qui tombe du ciel.
Pluie, neige, météorites, bombes.

En général une maison a une porte.
Une porte qu'on peut ouvrir pour les amis, pour les animaux, pour le plombier.
On peut aussi l'ouvrir pour sortir, aller dans la rue, mettre les poubelles, chercher le courrier, chercher l'amour, aller dans le jardin, ramasser des fleurs et des légumes, aller travailler, prendre la voiture, un train, un avion, un bateau, une fusée.

En général une maison a des fenêtres.
Des fenêtres qu'on ouvre et qu'on ferme au gré du temps qu'il fait.
Des fenêtres pour voir dehors.
Des fenêtres qui donnent sur la rue, la maison d'en face, le jardin, la mer.
Des fenêtres pour surveiller, admirer, s'échapper.

En général une maison nous protège et on fait tout pour s'y sentir bien.
En général une maison est un nid douillet, un cocon, un utérus confortable.
Alors pourquoi ouvrir les portes et les fenêtres?

mardi 17 janvier 2017

les rimes

Je ne peux oublier les émotions
Quand par les sentiers nous allions.

La pente était rude
Mais revigorante les sources pures.

Nous étions heureux
Même par temps pluvieux
Même quand l'erreur se glissait sur la liste
et que sans carte on cherchait la piste.

Traverser la abîmes
Atteindre les cîmes
C'était un défi
Dès le lever du jour, on était parti
Avec pour seule idée
Le bonheur d'ôter nos souliers.
Et là haut
Marcher dans l'eau glacée
Prairies et troupeaux à nos pieds
Pieds nus, le coeur à nu
Et le monde à perte de vue.
histoire aux mots imposés

Un jour, à midi, je marchais le long de la place juste avant la gare St lazare, il faisait froid, je remontais le col de mon pardessus, tout était gelé. Vers 13h., je décidais rapidement d'abandonner, je fis le tour de la plate forme d'autobus pour rentrer avec la ligne S, j'habite non loin du parc Monceau. je m'apprêtais à monter quand un voyageur m'interpella. Il prétendait être mon voisin et entama une conversation. Son chapeau était entouré de galon et un ruban descendait sur son cou. Il tira sur la manche de mon tailleur, fit sauter un bouton, me marcha sur les pieds et pour toute discussion me jeta à la figure des "camarades par ci, camarades par là" Il disait qu'il me connaissait, que même diminué il était très compétent, très fort pour apercevoir chez les hommes qu'il rencontrait, au premier coup d'oeil, sans faire exprès, la grandeur d'âme de l'homme qu'il avait devant lui.
 Le problème c'est qu'il n'avait pas regardé derrière mes cheveux tressés et mon encolure quelque peu échancrée.Et oui, je suis une femme.
histoires d'état obsessionnel

L'homme qui collectionnait les graines

Il emplissait des bocaux, des boites de toute sorte de graines. Au cours de ses randonnées, il récoltait les précieuses semences sur les arbres, dans les champs, il n'hésitait pas à se mouiller les pieds pour collectionner les graines de plantes des marais, c'est ainsi qu'un crocodile lui a dévoré un pied mais rien ne pouvait l'arrêter. Il est vrai qu'elles étaient belles ses graines, il organisait des expositions privées dans son atelier jusqu'au jour où il s'aperçut de quelques larcins, et oui, il les recomptait ses graines après les visites. A la suite de cette mésaventure, il pratiqua sa passion en solitaire. Il couvrit tous les murs d'étagères, étiqueta les pots et prit soin de fermer sa cabane à clef de l'intérieur comme de l'extérieur. C'est ainsi qu'un jour de distraction il égara son trousseau, il dormit alors sur place. Pendant cette nuit particulièrement humide, les graines animées sans doute d'un désir de vengeance se sont mis à germer en accéléré, c'est ainsi que notre homme mourut étouffé par le végétal tant aimé.

l'homme qui avait peur des voleurs

Il avait peur de se faire cambrioler, il était relié de jour comme de nuit au pc sécurité de son quartier. Il avait un coffre fort dont il changeait régulièrement la combinaison, il se méfiait autant de sa femme que de ses enfants. Il avait équipé sa maison de volets roulants qui se baissaient au moindre mouvement, de lumières qui s'allumaient au moindre passant, d' alarmes qui se déclenchaient quand le chien éternuait. Des barrières, des grillages avaient transformé sa villa en forteresse. On regardait bien où on posait les pieds dans le jardin de peur d'agiter un brin d'herbe déclencheur de sirène. Un jour d'inattention, il avait oublié ses clefs et pour entrer il dut enjamber le mur d'enceinte. Il finit en sang, la peau déchirée par les tessons de bouteille qu'il avait lui même plantés dans le ciment. Il les avait oubliés, c'était du temps de son arrivée  avant les installations électroniques et la domotique.

La femme amoureuse des plumes

Elle était tombée amoureuse des plumes un soir de grand chagrin. Elle venait de recevoir une lettre de rupture et pour oublier elle se promenait dans le parc en se caressant le visage d'une plume de perruche.Il en fallut pas plus pour qu'elle porte son amour sur le plumage des volatiles. Elle les ramassait partout où la portaient ses pas, en forêt, dans les prés même dans les rues de la ville. Elle les disposait avec goût dans son minuscule appartement; Parfois elle les montait en boucle d'oreille, colliers et parures de toute sorte. Un jour d'ennui, elle se mit à confectionner une jupe puis à recouvrir un chapeau, des chaussures. elle ressemblait à un immense oiseau. Ses voisins se moquaient d'elle et sifflaient sur son passage attendant une réponse chantée. Elle répondait par un trille et continuait son chemin. En début d'été , elle se rendit au parc zoologique pour récolter des plumes exotiques. Assise sur un banc près de la cage aux tigres, elle contemplait ses trésors. le félin sans doute un peu affamé se mit à tourner dans sa cage , d'un bond sauta la barrière et dévora ce fabuleux perroquet.