mercredi 25 mars 2020

Connaissance d’un lieu :

Voici ce que j’ai recueilli en poussant mes recherches. Ma monture et moi avons atteint des marais infranchissables non signalés sue ma carte. Sous peine d’enlisement, nous nous sommes arrêtés là. De la nature au-delà de ce bourbier je n’en connais que quelques éléments rapportés par des scientifiques aventuriers passés avant moi. D’après leurs écrits, les eaux seraient saumâtres, ce qui me semble erroné au regard de la végétation que j’ai pu apercevoir à travers les bouleaux. Les spécialistes de la toundra pensent plutôt à un lac alimenté par des sources souterraines, le lac en question serait en voie d’assèchement d’où cette infâme boue qui monte jusqu’aux genoux. Je n’ai pas la sensation de tarissement des sources, plutôt d’un changement de nature de l’eau. Je voudrais bien savoir d’où vient cette humidité pas prévue sur mon parcours. J’ai pu obtenir d’un musée d’histoire naturelle des échantillons de végétation retraçant l’évolution des sols dans la région. Ceux-ci confortent mon idée d’un changement mais personne n’est d’accord sur le sujet. Je pensais cesser mes investigations quand j’ai entendu à la radio un politique annoncer un incident de pipe-line dans la région de Barakali. L’écoulement n’étant pas inquiétant à ses yeux, les autorités n’interviendraient pas. Un endroit si peu habité ne méritait pas le moindre déplacement. Je compris alors la couleur irisée de cette étendue mystérieuse et l’absence des plantes renseignées par le musée.
Tout reste à vérifier. Je repartirai sans mon cheval pour n’engager que ma vie et je jugerai par moi-même. 









Lieux en flash

La place :
La porte de l’église ouverte. Pas de curé, pas de fidèles. La fleuriste bien triste devant son étalage. Sur le banc, un homme et son chien. Derrière les bambous, à la terrasse, deux habitués devant une bière. Le glouglou de la fontaine. La boucherie fermée. La circulation ininterrompue sur l’avenue, si le feu rouge, un piéton et le serpent repart, indifférent à la place.

L’immeuble :
Imposant dans le paysage. Des lignes horizontales, verticales. Un grand damier. Les lignes avant tout. Quelques plantes sur les balcons tous pareil, résille de béton. Les couleurs à un rythme régulier, couleurs primaires. Au -dessus de l’horizontalité soulignée, les cheminées. Un grand bateau dans le quartier. Des marins à bord ? Sans doute, à cette heure, personne sur le pont. Quelques voix.

Le parc :
Au fond, une vieille bâtisse, retour aux siècles passés. Des carrés de pelouse tous occupés, le frais. Des buis replantés, des tulipiers, des allées, des sculptures en bordure. Des pique-nique, des ballons, des rires, l’été, des poussettes aussi. Un lapin dans les fleurs, des poules incongrues, une tortue. Gouttelettes d’un jet d’eau. Deux grands bassins provençaux vides, des volets délabrés. Abandon ? Pas tout à fait, le chant d’une clarinette.

Terrain de tennis :
Terrain propre, rectangulaire, cerné de bandes blanches. Une haute barrière, au milieu un filet, au -dessus le sifflement d’une balle. Des halètements, des efforts sans doute, des cris de satisfaction :15-30
Un beau jeune homme, bandeau sur le front, genoux fléchis, sue, œil fixe, raquette tenue à deux mains, attente du projectile.
Une jolie brunette, jupette blanche, queue de cheval, appui sur un pied, torsion du buste et pan :3à partout.

Coucher de soleil :
Des arbres élancés dans le ciel, au sommet des pies. Balancement au gré du vent. Une croix au-dessus d’un toit. Une cloche immobile. Au loin les îles. La brume aujourd’hui. Une mouette. Des lignes d’avion. Le soleil à l’horizon. L’embrasement. 

mardi 24 mars 2020

Suivre, survivre



Quand je m'ennuie, je vais marcher dans les rues de la ville.

Un jour où il y avait foule, où je ne savais plus où aller, avec l'impression de connaître déjà chaque quartier, je suis sorti quand même, j'ai regardé tous les piétons, au hasard, j'ai voulu savoir si je pouvais en suivre, par jeu, combien de temps, jusqu'où.

Discrétion, mon maître mot, j'ai un peu peur de me faire repérer.

Je choisis deux dames assez jeunes, très gaies, joliment habillées. Elles bavardent, elles bavardent, elles sont bien trop occupées pour me remarquer.

Elles s'arrêtent pour regarder une vitrine je les attends trois magasins plus loin, elles repartent, je m'approche jusqu'à entendre leurs propos, elles veulent faire des achats, se donnent des conseils. Quand elles rentrent dans une boutique, je fais le pied de grue en guettant leur sortie, je passe d'un pied sur l'autre quand c'est très long. Aux Galeries Lafayette je parcours les rayons à quelque distance, je m'amuse bien. Robes, corsages, chaussures de femmes, on peut croire que j'attends la mienne. Au rayon lingerie je renonce, une vendeuse me regarde déjà de travers.

Un ado roule en trottinette. Ça va me faire faire du sport, c'est bon pour ma santé, je cours à quelque distance derrière lui, sans essoufflement. Il roule jusqu'au bout du Vieux Port, je le suis. Il met pied à terre, jette un oeil à droite, à gauche, je me renfonce dans un coin de mur, il jette sa trottinette à la mer, je n'avais pas remarqué que c'était un engin de location. Je suis outré, je ne peux plus rien dire, moi, le retraité de la police municipale.

Je reviens vers le centre-ville, c'est plus gai. Je remarque un vieux bonhomme en loques, sacs plastique sur le dos et à bouts de bras. Un SDF à la recherche d'un lieu un peu discret où se poser, passer la nuit abrité sous un porche; le ciel est gris, la pluie menace. Il a mon age à peu près et pour la première fois j'ai de la compassion. La solitude je connais, mais pas la misère.

Il s'arrête dans un recoin, s'assoit par terre entouré de ses sacs, une timbale posée devant lui. Je le guette, épie les gens qui passent devant lui. Un euro, deux euros, qu'il récupère vite avant qu'on les lui vole. Je m'approche, au fond de la timbale il n'a laissé que des pièces jaunes. Je fouille ma poche, lui laisse trois euros, il me regarde, me dit merci, il me sourit. Il parle français. Je n'ai jamais fait ça, je lui parle, avec cordialité, il me répond. Il n'a pas beaucoup l'occasion de parler. Je m'assois à côté de lui et le laisse raconter, le quotidien, la déchéance. Je ne lui montre pas que j'ai les larmes aux yeux. Si mes anciens collègues me voyaient...

Paradis


D'après ce que les prêtres ont enseigné, le Paradis est ce lieu de bonheur absolu auquel chacun aspire sans même oser l'imaginer.

Dans le Livre des croyants est décrit ce Paradis quand il régnait sur notre terre, à la naissance de l'humanité.

Les hommes l'auraient détruit par manque de sagesse et d'obéissance.

Maintenant il existerait ailleurs, au ciel disent la plupart.

Il faut mourir pour y aller. Personne ne peut en témoigner.

Mais certains racontent l'avoir approché dans leur univers intérieur. On les appelle des mystiques. Ils ont décrit de magnifiques expériences.

Beaucoup y aspirent, pensent qu'après leur mort ils pourront le découvrir et retrouver leurs êtres chers, goûter enfin la joie et la paix sans nuages.

Je ne sais pas quoi en penser.

Un homme en serait revenu, il s'appelait Jésus, des proches qui étaient ses disciples disent l'avoir vu ressuscité. Il n'a pas donné beaucoup de précisions sur cet avenir qu'il a promis aux hommes.

Il aurait juste dit qu'on y vivrait le bonheur éternel.

J'ai beaucoup de respect pour ceux qui mettent leur espérance dans cette croyance mais qu'ils me pardonnent, ça ne me parait pas possible, le Paradis. Je rejoins Woody Allen quand il a dit "C'est long, l'éternité, surtout à la fin".

Le bureau

SUR MON BUREAU il y a des crayons, des stylos, des pinceaux entassés dans des pots disparates, la lumière qui vient du ciel,un stick de colle, un taille-crayon, un rouleau de scotch bleu.
SUR MON BUREAU il y a des tubes de peinture, de vieilles toiles encroûtées, une odeur mêlée de colle et de bois, un carnet noir, des photos, un peu de fouillis, un morceau de papier noir, un vieux buvard, des ciseaux, un chouchou pour les cheveux, un petit carnet rouge, un dessin de chat.
SUR MON BUREAU il y a une lampe noire à long cou qui ressemble à un oiseau sans ailes, sur mon bureau patientent des projets en dormance,des rêves, des désirs et un peu de poussière.

Un jardin

Ici il y a un pêcher en fleurs
Une douce lumière
Une tortue dans les fraisiers
Une porte entrebaillée
Des volets peints en bleu
La brise qui frisonne
Et les fleurs du pêcher

Ici il y a quatre fleurs aux pétales froissés
Un bourdon à cul blanc
Il volette en silence
Le chant d'un oiseau invisible
Deux notes stridentes comme un appel
Des effluves sucrées
Et le rose des fleurs du pêcher.

De cité en cité


La cité où je travaille: Des tours, très hautes, moins hautes, dix étages minimum tout de même. Des centaines de fenêtres, des balcons encombrés, vélos, motos, linge qui sèche, meubles entassés. Peu de gens. Du gris, du gris, du gris. Les allées, grises, noires, jonchées de détritus, de matériel abandonné là depuis longtemps, gazinières, carcasses de vélos, matelas troués. Des gens vont, viennent, toutes teintes de peau, toutes teintes de vêtements, seuls les foulards et boubous africains comme taches de couleur, d'un peu de gaité. Des gens sont adossés aux murs, des jeunes, des garçons seulement. La fumée de leurs cigarettes. L'accablement dans leur attitude, dans leurs yeux. A l'entrée une école. Les cris des jeux d'enfants à l'heure de la récré. A l'entrée un commissariat. Aucun policier dehors. La peur. Ça sent la peur.

La cité où je demeure: Deux longues barres d'immeubles, quatre étages. Des balcons, des balcons fleuris. Sur certains des gens déjeunent au soleil. Des voitures bien alignées sur le parking. D'autres qui vont et viennent tranquillement. Des gens qui passent, pressés ou en promenade. Ils se saluent, s'interpellent. Des enfants qui font des tours, en vélos, skates ou trottinettes. Tout autour la pinède, les rochers, les collines. Des petits sentiers pour s'échapper directement dans le Parc national des Calanques. Le chant des oiseaux. Les pies qui traversent la route sans crainte, volettent d'arbre en arbre. Un homme qui promène son chien. Un chat allongé sur le toit d'une voiture. Les pins. Ça sent les pins.