vendredi 29 novembre 2013

Phobie hotelière


Chacun ses fantasmes, chacun ses phobies, enfin elle le croit, pour se rassurer. Elle n'aime pas les chambres d'hotel. Elle les évite. Longtemps, elle n'a pas pu dormir dans une chambre d'hotel, alors elle se tournait et retournait dans ce lit qui décidément ne lui convenait pas. Elle dort n'importe où, par terre dans un couloir, sous une tente ou à la belle étoile, chez elle peu importe la pièce,même dans la cuisine ou dans la baignoire s'il le faut, dans sa voiture, mais c'est "sa" voiture.
Dans un lit d'hotel, si elle s'abandonne un peu, si elle laisse la place aux images qui se présentent, elle se sent assaillie, envahie, par tous les gens qui ont dormi là, exactement là, à sa place de ce soir. Ils ont laissé des traces, ce trou de cigarette sur la table de nuit, cette écorchure dans le papier peint, cette tache ineffaçable sur le couvre-lit, une odeur, un parfum, un relent de tabac. Rien, mais elle sent tout et si elle se laisse faire la panique l'envahit. Des visages, maquillés ou barbus, des corps lourds et suants ou secs et nerveux, des gestes, des paroles, des mots d'amour ou de dispute. Un meurtre peut-être un jour, va savoir, elle n'a pas lu tous les journaux.
Imaginer que là, à sa place, dans le cocon que devrait être sa chambre d'un soir, se sont succédés tant de personnages, tant de sentiments, tant de présences abandonnées au sommeil, la terrifie.
Des gens qui, dans la rue, ne lui adresseraient jamais la parole, avec qui elle ne partage rien, pas une bribe de connaissance. Et elle doit prendre leur place dans ce qu'il y a de plus intime, un lit.
Elle sait qu'elle pourrait en rêver, que ce serait prétexte à une imagination débridée, qu'elle pourrait se relever, écrire, faire des portraits, mais maintenant à l'hotel, elle l'avoue, elle prend un somnifère.

mercredi 27 novembre 2013

Je me souviens...

Je me souviens de beaucoup de choses; de beaux souvenirs d'école. Je me souviens de la bonne odeur des croissants qui flottait dans l'air et venait de la boulangerie ,les matins,sur le chemin du collège...  Je me souviens de peu de choses d'un coup; tout est parti comme un nuage fuyant le soleil... enfin pas tout à fait tout. Je me souviens des dimanches après-midi, où nous pique-niquions sur notre belle nappe rouge quadrillée dans l'herbe verte. Je me souviens de lointains et vagues souvenirs comme quelques bêtises d'enfants où nous sonnions  à la porte des voisins, et nous cachions la seconde d'après dans les buissons d'à côté. Oui... je me souviens de moments qui ne sont devenus un heureux souvenir que lorsque je me suis rendue compte que ces instants-là étaient uniques, et que je ne pourrai jamais les revivre de la même façon. Je me souviens de ma peur bleue du tonnerre, où je me cachais la tête avec un coussin, étant gamine. Je me souviens de la joie d'aller dans mon lit bien chaud les soirs d'hiver et de me pelotonner dans une couverture. Je me souviens, je me souviens... Je me souviens d'anecdotes sur mon enfance que j'avais oubliées et que m'avait racontées mes parents.  Je me souviens de rires, de fous rires, de jeux, d'ennuis aussi. Je me souviens et je profite du bonheur de la jeunesse qu'est d'avoir quatorze ans, de savoir qu'on a l'enfance derrière soi, mais la vie devant...

Je me souviens que je ne savais pas quoi écrire il y a dix minutes, mais je constate avec surprise et sourire que ma feuille et pleine, alors je devrais arrêter d'écrire...

Christina

mardi 26 novembre 2013

Elle avait tout vu, tout senti, tout dit et tout entendu...



Aujourd'hui, il était trop tard... Elle était devant un miroir, qui lui reflétait son image. Un beau visage à ce jour creusé par de fines rides; exprimant une longue expérience de la vie.

Ses yeux gris, perlés de vert montraient de la sagesse et un lointain souvenir vague et énigmatique de la jeunesse. Des yeux qui avaient tout vu, admiré, scruté, aperçu, observé, tant de choses; tant de  beautés : les doux champs de blés dorés à la lueur de l'automne, les belles montagnes, la mer si profonde et infinie, la campagne si sereine et apaisante, la forêt si sombre et silencieuse, la nuit si inquiétante et menaçante...Des yeux qui avaient tout vu. 

Un visage délicat et aux traits fins ainsi qu'un grand nez. Combien de fois ce nez elle aurait voulu l'avoir petit ! Elle ne s'en souvenait plus tant ce souhait l'avait ardemment hantée dans son enfance. Un nez qui avait humé, senti, respiré, aspiré tant de choses : l'odeur enivrante des roses à l'aube du printemps; la senteur fraîche et piquantes des champs de lavande lorsqu'elle allait en cueillir pour sa mère les soirs d'été; et celle des épices cannelle, gingembre, curry... elle les connaissaient toutes ! L'odeur du pain cuit, elle n'aurait pu l'oublier !  Un nez qui avait tout senti.

Un visage si gracieux et une bouche si petite, une "cerise" lui avait-on dit. Des lèvres qui avait tant dit, tant hurlé, crié, braillé, menacé, tempêté; mais aussi consolé, calmé, réconforté, et qui avait quelques rares fois souri... Des belles paroles qu'elle avait récitées; yeux clos; dans la nature; qu'elle avait déclamées avec respect et cérémonie. Une bouche; des lèvres qui avaient tout dit.

Un visage de poupée, à la différence qu'il aurait pu et semblait être en porcelaine, mais qui ne l'était pas...Deux oreilles, petites et discrètes, qui avaient tant entendu : des secrets, des mystères, des mots interdits, des insultes, des horreurs, des malheurs; des belles paroles encourageantes et aimantes. Elle avait tout entendu.

Un visage vieilli et amaigri, qui un jour avait été celui d'une déesse, personne n'en avait douté à l'âge de ses vingt ans. Une chevelure désormais grise qui avait été, autrefois; ondoyante, ruisselante comme une coulée d'or. Des cheveux qui avait été tant de fois tressés, coiffés, peignés, lavés, lustrés... Une chevelure dont le plaisir de la brosser avait été un bonheur de la jeunesse; malgré des souffrances en tant que petite fille sous les coups de brosse déterminés à évincer les épais nœuds se cachant au fin fond des cheveux... Des "boucles d'ange" disait sa Tante Rose à ses 15 ans. 

Un visage marqué par la vie, les épreuves, le bonheur, le malheur, la tristesse, la joie, la honte, la révolte, l'amertume, la colère, la mélancolie, la compassion, l'amour, l'amitié... Par la Vie. Une existence peuplée de rêves, de songes, d'illusions, de fantasmes, de souhaits; espérés, souhaités... Une humaine qui avait tout vu, tout senti, tout entendu, tout dit...

Un visage exprimant la paix...
Oui elle avait été heureuse...
Un destin arrivant au terme de son voyage.
Un dernier petit sourire.

La fin.

Deux yeux perlés qui se refermèrent à tout jamais...


La paix, le néant, le vide....
Plus rien...



Christina

lundi 25 novembre 2013

ton arrivée chez nous

Ton arrivée chez nous.
Peu après le 15 Août. Il faut libérer la chambre, d'autres attendent un lit, d'autres qui comme toi sont à terme comme disent sèchement les soeurs de l'hôpital . Il fait chaud mais tu enveloppes le bébé dans un châle, instinct maternel de protection. Et toi tu saignes, normal disent encore les soeurs. Tu remets la robe à carreaux que tu portais quand un voisin t'a amené, elle flotte maintenant sur ton ventre vidé. Quelques affaires, ceux de la petite, tu avais tricoté comme on te l'avait enseigné, quelques affaires dans la valise en carton fermée par une ficelle trouvée en hâte dans la grange en partant, quelques affaires rassemblés et te voilà dehors. Sur le trottoir , personne, tu pensais qu'il viendrait mais personne. Alors, tu te diriges vers le bus, t'installes sur la banquette de cuir usée et tu renverses la tête dans un profond soupir. La petite pleure, tu n'oses pas, tu n'oses pas ouvrir la blouse, alors tu berces, tu berces et tu t'endors. Brimballant, le car arrive au village, il fait presque nuit, le grincement du frein à main te réveille brutalement. Avant de descendre, tu balaies la place du regard, il n'est pas là. Tu traverses les champs de blé, longes la rivière, la lune t'accompagne, tu arrives à la ferme le coeur serré, pousses la porte, il est là, couvert de sang, il te regarde:" La Blanchette a mis bas ce matin".
Les yeux pleins de larmes, tu déposes le bébé sur la table: "Moi aussi, je l'ai appelée Odile et le veau?"
Le silence était lourd et s'étendit de longs jours. Ce doit être pour ça, ma chère Odile que tu es si volubile!

dans mon bateau

Dans mon bateau
Il y a des bonjours
Des bonjours de tous les jours
Et des p'tits mots qui font du bien

Dans mon bateau
Le matin c'est du remue-ménage
Et plein de gens de nettoyage
Et du silence dans un coin nommé jardin

Mais moi, je préfère les perruches
Elles piaillent au bout de la rue

Dans mon bateau
Il y a des visiteurs
Qui inondent les ascenseurs
Et des habitants de toute sorte

Dans mon bateau
Il y a souvent de belles photos
Et plein d'expos
Il y avait même un touareg et es bibelots.

Mais moi, je préfère les perruches
Elles piaillent au bout de la rue

Dans mon bateau
Il y a un boulanger qui aime pas les chiens
Et des étages où il n'y a rien
Puis dans son ventre y a un resto et des bobos

Dans mon bateau
On voit des arbres et des collines
Des écureuils et toute la ville
Il y a même une école pour les petits

Mais moi, je préfère les perruches
Elles piaillent au bout de la rue.

Dans mon bateau
Il y a des livres
Un jardin avec des aubergines
Dans mon bateau on est sur terre et sur la mer

Dans mon bateau
Ce qu'il y a de plus beau
C'est là haut, la mer et les autres bateaux
Et les couchers de soleil qui embrasent le ciel

Mais moi, je préfère les perruches
Elles piaillent au bout de la rue.

C'est ma rue au Corbu.



dimanche 24 novembre 2013

Dans le parc à côté de chez moi

Dans le parc du MAC, pas très loing
Y a des chieng, encore et encore des chieng
Trop bien nourris, ces roquets
Bien mieux que certains humaing
Encore plus nombreux que les moufflets
Mais moins que leurs traces de crotting

Derrière le parc du MAC,
Très discrets y a les flics
Du huitième, pour que l'ordre règne
On sait pas pourquoi jamais ne viennent
Pas le temps? Trop de truands?
Les zélés, on les comprend

Dans le parc du MAC, ou pas très loin
Les boulistes sont ravis, même au petit matin
Il y a foule quand ça bruit, ça défie, ça maudit
Mais les boules, on sait pas ce qu'elles diraient
Quelles histoires raconter quelles envies elles auraient.

Mais il y a aussi et Roxie et Snoopy
Et Choupette, et Léo
Il y a aussi la lumière qui rend vie
Les footeux, les rêveurs, les badauds.

Dans ce parc si joli, oh pas loin, pas trop loin,
La ganja coule à flots, au bas mot,
La bière se retire en laissant ses goulots
Les camés jouent aux quatre coins
Le commissaire s'en cogne, pas son boulot
Pour lui, tout ça c'est clair, c'est bien trop loin.


vendredi 22 novembre 2013

Dans ma cour


Dans ma cour
Il y a des gosses
Qui jouent du matin au soir
Ou en sortant de l'école
Dans ma cour

Dans ma cour
Il y a plein de portes
Souvent béantes
Sur des escaliers sales
Dans la cour

Et des gens qui s'apostrophent
D'une fenêtre à l'autre
Des gens qui chantent et qui crient
Il y a aussi beaucoup de bruit

Dans ma cour
Il y a Monsieur Zen
Qui traverse à tous petits pas
Ecartant du bout de sa canne
Les détritus qui trainent
Dans la cour

Dans ma cour il y a des chats
Et des mémés qui les nourrissent
Qui les attirent, qui les caressent
Dans la cour

Et des gens qui s'apostrophent
D'une fenêtre à l'autre
Des gens qui chantent et qui crient
Il y a aussi beaucoup de bruit

Moi dans la cour je guette
La fenêtre du troisième en face
Volets croisés, lumière et ombre
Une fille habite là
Elle est souvent nue en été

J'attends l'été et je rêve
Qu'un jour elle entrebaillera ses persiennes
Qu'un soir elle me fera signe
Que la nuit je serai blotti dans ses bras