Je suis
Je suis Siméon. Ma mère est tchèque, mon père, je ne sais pas qui c'est et elle non plus. Elle m'a élevé seule, elle en est fière. Elle a travaillé dur pour m'envoyer à Charleville-Mézières. Elle voulait jouer de l'accordéon pendant mes spectacles mais je ne suis pas devenu marionnettiste.
Je suis Valentine. Ma passion c'était le patin à glace. J'habitais à Lyon près de la patinoire. Je suis tombée amoureuse d'un révolutionnaire. On est parti à Cuba, alors le patin...Ma mère n'a jamais accepté, je ne l'ai plus revue.
Je suis Alain, fils de français moyen . Mes parents tenaient le bistrot en face de l'usine.Je servais au comptoir de temps en temps. Je n'ai rien appris à l'école, j'ai pris la suite. Je sers au comptoir du matin au soir.
Je suis de nouveau Siméon, je ne suis pas marionnettiste, je suis une marionnette.
Je m'appelle Elodie. Née dans une famille aisée d'Aix ne Provence. Tous les chemins s'ouvraient à moi, je n'ai jamais trouvé le mien. je vais d'homme en homme, de boulot en boulot, de maison en maison...
Je suis Jo. Mon vrai nom , c'est Josette. Mes parents vendaient des légumes sur le marché, ma mère surtout, mon père blaguait au café. J'ai une jumelle, elle s'est mariée avec un capitaine, moi avec Marcel qui m'a collé six moufflets, alors les invitations au bal de l'armée, pas pour moi. Mais on rigole bien avec ma smala.
Je suis Geneviève. Je vis seule, j'ai essayé les sites de rencontre,déçue. J'ai essayé le bénévolat, je ne supporte pas la misère. J'ai essayé les clubs, je n'ai rien à dire. J'ai fini à la campagne, je parle aux arbres.
Je suis Siméon, ma mère a coupé les fils de mes poignets et chevilles. Je suis tombé.
Je suis Alfred. Toujours dans la lune disaient mes parents. Toujours le nez en l'air disait la maitresse. Toujours dans ses rêves disaient les voisins. Redescend sur terre, ils disaient tous.
Je ne suis jamais descendu, je suis trapéziste.
Je suis Siméon, je suis un tas informe, au sol.
Je suis Félicie. Je prends soin de l'Eglise du village, les fleurs, le ménage. Je m'occupe du cimetière, je fleuris les tombes délaissées sauf celle de Ferdinand, il m'a laissé avec mon petit quand j'avais seize ans.
Je suis Marius. Il fallait pas faire comme lui. Il fallait un travail propre, pas fatiguant. Je suis à la poste, je regarde la télé le dimanche pendant que Françoise repasse. Pas d'enfant, il a dit. Je m'ennuie.
Je suis Fanette. Je suis...Je ne sais pas. Je ne suis pas chercheuse, je ne suis pas écrivaine, je ne suis pas botaniste, je ne suis pas artiste, je ne suis pas musicienne. Je suis tout et rien, c'est déjà ce qu'on me disait dans cette filaire appelée Sciences Ex.
Je suis le nouveau Siméon. Alfred m'a cueilli au cours d'un passage au raz du sol. Il m'a saisi dans ses bras, assis sur la barre. Avec lui, je vole, libre comme l'air.
mercredi 22 avril 2020
mardi 21 avril 2020
Je suis une éphémère
Je
ne suis pas une alouette. Je ne sais pas me réveiller dès le point
du jour pour lancer mes trilles au soleil levant. Je ne sais pas
chanter six cent notes et lancer des phrases musicales. Je ne suis
pas tentée par la migration. Je suis casanière.
Je
suis Corinne. Mon père était goye, ma mère juive. J'ai été
élevée dans la religion juive sans avoir rien à décider. J'avais
trois frères ainés, deux sont morts, mes parents aussi. Le frère
qui me reste est handicapé, je m'en occupe, j'essaie de ne pas en
être prisonnière.
C'est
pourtant beau, le chant de l'alouette.
Je
suis Danièle. J'ai tutoyé les étoiles et tous les saints du
paradis. Maintenant je suis très vieille et je crains qu'ils ne
m'oublient.
Et
je suis Ali. Cela fait quinze ans que je vis en France. Pendant dix
ans j'ai été clandestin. Le jour je dormais dans le lit d'un copain
pendant qu'il travaillait. La nuit, je marchais dans le noir, le long
du périph pour ne pas me faire repérer. Je boitais avec mon
pied-bot. Maintenant j'ai des papiers, un travail, une épouse, un
fils, un vrai logement. Je pense à tous mes frères qui n'en sont
pas encore là.
C'est
tellement beau, le chant de l'alouette, il évoque l'espoir.
Je
suis Suzanne. On dit que je suis encore belle. Je l'ai été.
Maintenant je vis seule, je ne sors jamais sans rouge-à lèvres.
Ou
je suis Pierrette. Je n'ai jamais quitté la ferme familiale, je sers
de bonne à tous les autres. Mais seulement de bonne, rien
d'autre. J'aime la terre, l'odeur de la terre. Je me lève très tôt,
pour écouter le chant de l'alouette.
Je
ne suis pas Sidonie. Je ne suis pas mariée, je n'ai pas d'enfant.
Les bons jours je me crois libre.
Je
suis aussi Arthur. Je n'ai jamais réussi à perdre mon accent belge.
Au fond je l'aime bien, et tant pis, ou tant mieux si l'on se moque
encore de moi. C'est ma Belgique. Et puis ici, tout le monde mange
des frites.
Je
ne suis pas une alouette. Je ne sais pas siffler, je ne sais pas
voler. Mais je n'aime pas les pies qui envahissent tout le
territoire.
Je
suis Eric. Je ne suis pas footballeur, mais devant la télé, ou au
stade parfois, je me sens tellement transporté, je crois que je le
suis.
Et
je suis de nouveau Suzanne, quand j'avais quinze ans et que je me
voyais devenir actrice de cinéma.
Je
suis François, j'ai quatre-vingt-quatorze ans. On me le dit, j'ai du
mal à compter jusque là.
Je
suis Mitsuko. J'ai quitté mon Japon natal pour jouer de la musique
classique. Je donne des concerts, je parle un français parfait, mais
mon pays me manque. J'ai volé trop loin.
Je
suis Joseph. Je vais à l'école tous les matins, c'est obligatoire.
Je ne sais pas ce que je voudrais faire plus tard et ça me
désespère. Je voudrais avoir un projet.
Je
ne suis pas une alouette. Je ne sais pas voler, je ne sais pas
chanter. Mais ça vaut mieux puisque les alouettes disparaissent,
elles ne trouvent plus de nourriture dans les champs intensément cultivés
et recouverts de pesticides.
Je
suis une éphémère. Je suis née d'une larve qui a vécu trois
ans, j'éclos et me reproduis en vol, dépose mes œufs dans l'eau et
meurs. Quelques heures seulement j'aurai été belle.
Je
suis une éphémère qui rêve d'immortalité.
dimanche 19 avril 2020
Visite guidée
Si vous avez épuisé l'attrait desvisites de châteaux, de cathédrales,
de musées, allez donc à Bois aux cerfs.
C’est un village qui, comme beaucoup, dépérissait inexorablement quand le maire
eut une idée de génie.
Il s’appelait Monsieur Bœuf, n’était pas devenu boucher mais
il avait remarqué que leur patronyme influençait parfois le destin des gens. Il
avait organisé une sorte de casting et, en contrepartie de certaines facilités
d’installation, avait accueilli des personnes dont le patronyme était un nom
d’animal.
Aujourd’hui le
village est en pleine expansion et attire, chaque année, plus de touristes. Oh !
Ne cherchez pas une église remarquable, un point de vue inoubliable, une
rivière champêtre allez plutôt à la rencontre des habitants :
Monsieur Pierre Phénix habite la maison voisine de l’hôtel
de ville. Il a participé à la renaissance du village. Célibataire sans âge,
jamais fatigué, l’œil noir, le cheveu brillant, il consacre toute son énergie à
aider les autres. Il se couche chaque soir épuisé et se réveille revigoré sans
la moindre trace de fatigue. Si vous sonnez à
sa porte, il vous recevra avec plaisir et vous racontera comment
aujourd’hui le village renaît de ses cendres.
La famille Agnelet. Vous ne pourrez pas les rater, ils ont,
devant leur maison, un petit étal sur lequel ils vendent aux touristes des
fromages de brebis, des peaux de moutons, des moutons en peluche et autres
babioles ovines. Madame et Monsieur Agnelet ont les cheveux blancs et
frisottés, de grands yeux marron dans un visage allongé plein de douceur. Ils
ont eu beaucoup d’enfants qui se sont égayés dans la région. Deux sont restés
au village, le garçon élève des moutons, la fille a épousé le fils ainé du père
Pageot, le poissonnier.
Mademoiselle Chat. Ne la cherchez pas, c’est elle qui vous
trouvera si elle le désire. Alors vous n’échapperez pas au charme de ses yeux
verts et de ses manières gracieuses. Elle se prénomme Mina, ici tout le monde
l’appelle Minette. Bien que jeune et jolie, elle ne cherche pas à se caser,
elle vous dira que la liberté n’a pas de prix. Elle travaille dans un petit
atelier qui fabrique des coussins moelleux.
En vous promenant, sur la place et les petites rues lisez
les noms sur les portes des habitations. Vous trouverez, parmi d’autres,
Monsieur et Madame Veau, Monsieur Le Bison, Monsieur et Madame Loup, la Famille
Cheval, Les Renart, Maître Corneille et, au fond de la mystérieuse impasse des
Nids, la maison de Monsieur Corbeau recouverte d’un lierre à feuilles
panachées. Sous les feuilles vous trouverez la sonnette. Si vous osez
l’actionner vous entendrez une voix nasillarde qui vous demandera :
« C’est croaaa, croaaa ? »
samedi 18 avril 2020
De ma fenêtre
De ma fenêtre je ne vois ni rues, ni immeubles, ni voitures.
Devant ma fenêtre ne se dresse pas la moindre colline, aucune montagne à l’horizon,
pas une morne plaine ne se traine à ses
pieds. Ma maison est au fin fond d’une
impasse. Ma fenêtre n’offre à ma vue que mon jardinet.
A droite, dans la
plate-bande, le vieux pommier au tronc en zigzag commence à fleurir. Les
boutons bien rebondis sont rose vif mais, étonnamment, les fleurs en bouquets
sont d’un blanc lumineux. Sur la terrasse, un ginkgo dans un pot en terre trop
petit, se couvre vaillamment de petites feuilles vert tendre en forme
d’éventails. A gauche, un carré de terre au centre duquel trône un pêcher qui
était couvert de fleurs il y a quelques jours et qui est maintenant bien
feuillu. A ses pieds, quelques fraisiers en fleurs, des ficoïdes, un plant de
sauge, un ciste à grosses fleurs roses et trois vieux rosiers qui m’impressionnent par leur longévité et leur
vigueur. Le jaune, ce matin, m’offre trois roses à peine écloses. Un autre, mon
préféré, a des roses couleur « cuisses de nymphe émue ». Il arrive qu’un
coquelicot, un pissenlit ou quelque autre herbe sauvage s’installent en douce,
ils sont toujours les bienvenus.
Ce petit espace est clos de murs et de haies, à travers
lesquelles je peux voir les murs et les toits des maisons voisines toutes
proches.
Au dessus, le ciel…variable…spectacle
inépuisable.
Le confinement n’a rien changé à la vue de ma fenêtre. C’est
une vue très limitée, une vue de proximité, sans lointain, parfaite pour les
contemplatifs. Chaque matin je suis curieuse de découvrir ce qui a changé
pendant la nuit, je ne suis jamais déçue.
Ce qui se passe à l’extérieur ? De là, je ne peux pas
vous le dire.
17 avril 2020
vendredi 17 avril 2020
Une minute
Je
suis allongée dans le noir, mes pensées flottent, je suis encore
là, et puis ce moment où le sommeil me prend, je ne suis plus là,
je n'y suis plus et pourtant
L'instant
où je plonge dans la vague bleue, le froid, l'énergie, le sentiment
de puissance, j'avance et je suis une avec la mer, avec l'univers
Le
lilas a refleuri, grappes mauves odorantes. J'y plonge le visage et
tout me revient, l'enfance, le jardin, le retour des choses
Le
regard. On a beaucoup parlé vrai, plus aucun mot n'est nécessaire.
On est là, on se regarde, on est là
Ce
livre que je viens de terminer, qu'il faut bien abandonner puisque la
dernière page est tournée, comme il va me manquer dans les heures,
les jours qui viennent avant qu'un autre le remplace
J'écoute,
j'écoute Mozart, ces notes au piano, cet andante, et j'ai envie de pleurer,
et je suis profondément heureuse, tout ensemble, à la fois
Revoir
en photo la bouille d'un enfant tout sourire, le revoir maintenant
qu'il est devenu grand, relier les deux images, ça semble parfois
impossible
De
gros nuages blancs traversent le ciel bleu, ils se font, se défont,
y voir une tête, un bateau, un mirage, rêver
Prendre
à pleines mains la terre grasse d'un champ labouré, la humer, c'est
de là, de là que je suis venue
Pierre,
ton prénom, pierres mon chemin, pierre un obstacle, pierre te tenir
dans ma main, te lancer, au loin, très loin
jeudi 16 avril 2020
Une minute
Je regarde la petite aiguille dorée sur ma montre. Elle trotte sur le fond noir. Elle passe sur les petits diamants, ils sont quatre.
ça y est , le tour est fait, une minute et après...
Une minute
Les enfants ont investi le jardin, ils capturent les insectes, effraient les poules, le père surveillent les semis:"Laissez murir les fraises"...
Une minute
Ma tasse de café fume..., odeur de l'arabica,Vienne, le Sacher café, les pâtisseries, nous deux...
Une minute
La transhumance, le troupeau avance, une vague de laine garnit le chemin de pierre, les mélèzes sont habillés, l'herbe...
Une minute
Le cliquetis des métiers à tisser, les femmes assises en tailleur à même le sol,les fils se croisent dans la couleur, les mains des femmes...
Une minute
Du tableau nait la vie. Un violoniste fait vibrer l'air. Elle écoute. Un couple s'enlace, s'embrasse, tourne sur une valse. Matisse...
Une minute
Les mains dans la boite à dentelles, finesse des broderies, les jeunes filles à la veillée tirent l'aiguille, le papé au coin de la cheminée...
Une minute
Corps affalés, paupières lourdes, envie de rien, le soleil assomme ,la grande fatigue de l'été , les minutes sont longues, heureusement...
Une minute
Je les bien rangés tous ces livres, bien classés: romans, dictionnaires, mythologie, botanique. je n'ai pas tout lu. immensité de mon inculture...
Une minute
Je suis à nouveau au bord du lac, dans l'oriel de la petite maison. Je cherche l'inspiration dans le clapotis de l'eau, les canards dans les roseaux. Une barque...
Je regarde la petite aiguille dorée sur ma montre. Elle trotte sur le fond noir. Elle passe sur les petits diamants, ils sont quatre.
ça y est , le tour est fait, une minute et après...
Une minute
Les enfants ont investi le jardin, ils capturent les insectes, effraient les poules, le père surveillent les semis:"Laissez murir les fraises"...
Une minute
Ma tasse de café fume..., odeur de l'arabica,Vienne, le Sacher café, les pâtisseries, nous deux...
Une minute
La transhumance, le troupeau avance, une vague de laine garnit le chemin de pierre, les mélèzes sont habillés, l'herbe...
Une minute
Le cliquetis des métiers à tisser, les femmes assises en tailleur à même le sol,les fils se croisent dans la couleur, les mains des femmes...
Une minute
Du tableau nait la vie. Un violoniste fait vibrer l'air. Elle écoute. Un couple s'enlace, s'embrasse, tourne sur une valse. Matisse...
Une minute
Les mains dans la boite à dentelles, finesse des broderies, les jeunes filles à la veillée tirent l'aiguille, le papé au coin de la cheminée...
Une minute
Corps affalés, paupières lourdes, envie de rien, le soleil assomme ,la grande fatigue de l'été , les minutes sont longues, heureusement...
Une minute
Je les bien rangés tous ces livres, bien classés: romans, dictionnaires, mythologie, botanique. je n'ai pas tout lu. immensité de mon inculture...
Une minute
Je suis à nouveau au bord du lac, dans l'oriel de la petite maison. Je cherche l'inspiration dans le clapotis de l'eau, les canards dans les roseaux. Une barque...
Visiter autrement
Mr et Mme Lepère
107
rue Edouard Vaillant Montrouge
Ils
sont agés mais ont une grande vivacité d'esprit et le goût des
rencontres. Natifs de Montrouge tous les deux, ils vivent ensemble
depuis près de cinquante ans. Ils habitent un deux pièces au rez de
chaussée d'un immeuble un peu décrépi qu'ils appellent leur loge,
car c'étaient les concierges. A leur retraite ils ont été remplacés
par un digicode mais ont pu garder leur domicile.
Ils
connaissent presque tout le monde dans le quartier, les anciens
ouvriers comme les nouveaux bobos, et ils aiment les commérages, ils
prendront plaisir à vous en parler en vous servant un café bien
serré, avec une petite « goutte » si vous voulez.
Toutes
vos questions seront bienvenues et obtiendront réponse. Mais
attention, il ne faut pas les appeler monsieur et madame. Lui, c'est
le père Lepère, et elle la mère Lepère, ils y tiennent. En arrivant à Montrouge
demandez à n'importe quel passant, il vous indiquera où les
trouver.
Prévoyez
deux ou trois heures pour la visite. Si vous voulez les enregistrer
ils accepteront sans problème, sinon vous ne vous rappellerez pas de
la moitié de ce qu'ils vous auront raconté.
Mademoiselle
Blanche
3
Place Pigalle Paris
Elle
reçoit de 19h à minuit, avant elle travaille, elle vend des
chaussures et des frivolités dans un magasin pour touristes.
Elle
est toujours impeccablement vêtue, coiffée, maquillée. Après vous
avoir fait asseoir elle s'installera dans son fauteuil, jambes
croisées haut, collant de résille et escarpins rouges à
talons aiguilles.
Elle
aime parler de son quartier, très visité, très cosmopolite, de ce
qui s'y passe et que les touristes ne peuvent deviner. Mais
attention, il y a des sujets interdits, son enfance surtout, elle met
alors rapidement fin à l'entretien.
Elle
reçoit volontiers les familles, les couples de tous ages, les femmes
seules ou en groupe, mais jamais les hommes seuls. C'est inscrit sur
une pancarte sur son guéridon : »Ne reçois pas les
hommes seuls ». Elle a eu de mauvaises expériences, elle
craint qu'on se méprenne sur son activité.
La Boussac Ille et Vilaine
Si
vous visitez le Mont St Michel, prévoyez une heure de plus, elle
habite à deux pas dans la ferme familiale qu'elle tient seule depuis
la mort de son mari.
Bien
en chair, chignon blanc, blouse qu'on ne trouve que sur les marchés
de la région, mais pas de coiffe bretonne, elle n'en n'a jamais
porté, elle est trop jeune, elle vous le dira.
Elle
parle beaucoup, de sa famille, nombreuse, de la vie du village,
avant, maintenant. Mais vous ne comprendrez pas tout, elle a un
accent tellement prononcé que certains mots vous échapperont, ne la
faites surtout pas répéter, ça la vexerait. Elle ne parle pas
breton, en Ille et Vilaine on n'a jamais parlé breton, mais patois,
et elle mêle quelques expressions à la conversation.
Quelque
soit l'heure de votre visite de 9h du matin au soir, elle ouvrira une
bouteille de Bordeaux et vous servira dans des verres Duralex. Vous
n'aurez pas le choix de refuser (sauf pour les enfants).
Et
si vous lui plaisez, si vous lui plaisez vraiment, elle vous fera
traverser la cour de la ferme, très fleurie, vous emmènera dans le
pré le plus proche pour aller voir ses moutons à tête noire, et
l'été ses agneaux nouveaux. Elle vous tendra une bouteille pleine
de lait dont le goulot sera surmonté d'une tétine en caoutchouc et
vous montrera comment faire téter un agneau. Si vous avez suivi la
visite jusque là vous repartirez avec un souvenir impérissable.
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