dimanche 29 mai 2016

Gaz à tous les étages

Au 3ème étage, la fille enlève sa robe
Au sous-sol, Marcel chausse sa frontale
Au 4ème, il allume les bougies et aère son vin
Au 1er, l'homme ne sait plus ce qu'il doit penser
Au 2ème, elles parlent, elles parlent, elles parlent
Au 4ème, il va choisir sa cravate
Au 3ème, la fille prend une douche
Au sous sol, Marcel renverse un carton plein de cafetières ébréchées
Au 1er, l'homme ne sait toujours pas quoi penser
Au 4ème, il ne met finalement pas de cravate trop guindé
Au 2ème, elles boivent, elles boivent, elles boivent
Au 4ème, il se la joue Brad Pitt devant la glace
Au 3ème, la fille opte pour un tanga noir
Au 1er, l'homme doute, si elle le trompait?
Au 3ème, la fille cherche une robe plongeante
Au 4ème, il cherche son polo harponneur de filles
Au sous-sol, Marcel éclaire avec sa frontale un cafard énorme
Au sous-sol Marcel recule sur une pile de chaises cassées
Au 1er, l'homme ne doute plus, elle le trompe
Au sous-sol, Marcel s'ébroue au milieu des pieds de chaises
Au 2ème, elles dansent, elles dansent, elles dansent
Au 3ème, la fille se contorsionne pour voir son décolleté dans le dos
Au sous-sol, Marcel jure, il a mal, il a cassé sa frontale
Au 4ème, il se trouve trop beau dans son polo
Au 1er, l'homme prend son fusil et décide de monter au 3ème, il doit en avoir le coeur net
Au 3ème, la fille va pour sortir, elle sort
Au 3ème, la fille se retrouve nez à nez avec l'homme et son fusil
Au 2ème, elles s'endorment, elles s'endorment, elles s'endorment
Au 3ème, pan!!! la fille gît dans sa robe trouée, l'homme pleure à genou
Au 4ème, il doute, ce bruit? Non, il ne peut pas savoir!
Au 2ème, elles sont réveillées en sursaut, en sursaut, en sursaut
Au sous-sol, Marcel meurt de peur tout seul dans le noir...
Isabelle Gros
Iles

Iles
Iles
Iles dansantes dans l'écume
Iles tremblantes de beauté
Iles comme des taches de lumière
Iles mirage de tous les égarés
Iles peuplées d'êtres fantastiques
Iles vous jouez avec le vide
Iles vous jonchez mes rêves
Iles je jette mes chaussures par dessus bord car je voudrais bien aller jusqu'à vous.
Isabelle Gros
Adam et Eve
Le rugissement d'un tigre à dents de sabre nous signale que le feu est éteint.
C'est l'aube, Adam me pousse hors de ma couche pour que je rallume le feu.
Je me lève, enfile ma peau de mammouth chevelu et ramasse au passage des branches pour réanimer le feu.
Adam me suit en grognant. Il n'est pas du matin. Il rechigne toujours à aller me chercher des baies rouges pour mon petit déjeuner.

Je dois me contenter d'un morceau de lézard froid à demi rongé par les fourmis rouges.

Il me regarde en biais, l'air mauvais, je sais que je ne dois pas lui parler avant sa ration de protéine.
Ah!! qu'ils sont loin nos jours où tous les matins il me faisait sa parade nuptiale, le corps zébré d'ocre rouge et l'oeil embrasé.


La cloche de l'église sonne 6 heure. Adam me pousse brutalement hors du lit bateau sur la terre battue. J'enfile mes sabots et mon châle rouge et trottine jusqu'à la bergerie pour traire notre chèvre et lui servir un bol de lait chaud.
Adam me suit en caleçon long, le bonnet encore sur la tête, en grognant. Il ne faut pas lui parler le matin.
Ah!!! qu'ils sont loin nos matins endiablés, où dès les premières lueurs du jour nous dansions la gigue, nos chemises relevées.

Le hoquenot balancier tridimensionnel oscille et sonne annonçant le lever de Terre.
Adam me pousse hors de notre couche suspendue et je flotte dans l'espace avant d'agripper mes bottes de plomb.
Je fonce lui chercher 1 pastille marron de café soluble et 1 pastille bleue de fleurs de Mars pour son petit déjeuner.
Il me suit en enfilant sa combinaison et son casque tout en maugréant.

Ah!! qu'ils sont loin nos levers spatiaux dérivants et flottants où nos corps s'enchevêtraient dans des positions acrobatiques improbables....
Isabelle Gros



Le lanceur de poids
On nous croit sans finesse et sans tendresse. On a tort.
Je suis un grand sentimental.
Le poids n'est pas un objet comme les autres, que l'on prend et que l'on jette. 
Non chaque lanceur a son poids qui ne ressemble en rien à celui du voisin. 
Le mien a un nom, un petit nom, je lui parle.
Je l'emmitoufle le soir dans des draps de soie, je ne le malmène ni le tripote jamais, il n'aime pas ça.
Je l'échauffe, jamais de lancer à froid ça pourrait le briser. Je le mets en conditions, lui rappelle l'enjeu, le valorise, après tout sans mon poids je ne suis rien!
Je le prends dans ma paume et le caresse. Puis le fais sauter d'un main dans l'autre, de plus en plus vite.
Enfin, quand il est prêt, qu'il a la bonne température, je le niche dans mon cou.
C'est l'instant que je préfère, lui aussi.
Et là, nous ne faisons qu'un, nous dansons d'un pas léger, je l'encourage et le lâche au loin.


Le grand Chambellan
Je suis le grand Chambellan.
Ma robe sombre luit, ma tenue est discrète et pourtant fastueuse.
Je parais l'air de rien, je suis là sans en avoir l'air, j'écoute sans frémir, je conseille de façon mesurée.
Tout le secret est dans le point d'harmonie.
Je ponctue, j'apaise, je calme, je semble inébranlable dans mes convictions que je forge pourtant au gré des humeurs.
Je suis le mât dans la tempête, j'écoute les pleurs et les rires sans changer de tête, je suis nourri de secrets mais reste scellé.
Je me fonds dans le décor si on ne m'appelle pas, je reviens sur le devant dès qu'on me cherche du regard;
Je suis l'invisible éternel Chambellan.

Isabelle Gros

Pas un crissement, pas une lueur
Rien de tranchant, pas d'odeur
Pas un rire, pas un pleur
Nul pas pressé, nul trottoir foulé
Pas un papier, pas un oiseau
Pas de reliques, pas de taches
Rien de lourd, rien de flasque
Quel chant? Quels mots?
Tout s'étend, tout est loin
Plus de contour,  plus de passé

Monotone, longue, uniforme
Profonde et claire
Elle dévore le fond et la forme
La neige
Isabelle Gros

jeudi 26 mai 2016

Les athlètes dans leurs têtes

Aujourd’hui encore je vais la viser cette cible, des années que je veux l’atteindre, juste là , dans le mille comme on dit mais c’est tout sauf une loterie. Je vais la vider cette tête encombrée, je vais atteindre la concentration maximum car c’est bien de cela dont il s’agit. Je me suis entrainée tous les jours, face au soleil levant, les énergies sont bonnes, j’ai fait descendre la respiration dans le bas ventre, il paraît que tout part de là, la tête légère, suspendue par un fil dans les airs, le corps lourd, enracinée sur mes jambes, je respire, inspire expire, j’exécute aussi des mouvements souples des bras, croiser, étirer, viser à droite ,à gauche, je vais l’atteindre cet aigle là haut sur la montagne, je l’aurai ! Mais non pas de colère, pas d’acharnement, être à l’intérieur de soi, là, dans le pré, pas facile, j’aime tellement écouter les oiseaux chanter. Mais ce n’est pas le moment, il faut savoir ce que l’on veut. Concentration, respiration, tension de l’arc, vision acérée, dans une expiration lâcher la flèche, écouter son sifflement, le temps s’est étiré lui aussi, va t elle toucher le but ? Mon cœur bat pourtant je n’y crois pas. Quel but déjà ? la pomme sur la tête de Guillaume Tell, le centre du cercle fixé sur un arbre, je voudrais tellement être une bonne tireuse à l’arc japonais dans un costume ample et parée de cheveux cirés, je voudrais avoir ce regard perçant plus perçant encore que les flèches aiguisées. Je voudrai être entièrement habitée par ce geste précis.
Oui , mais voilà, j’ai les yeux bleus et la main qui tremble…alors le tir à l’arc japonais je n’y arriverai jamais ou dans une autre vie qui sait ?


Parodie

Souvent, pour s’échapper les donzelles du bureau d’en face
Sortent poudres et pinceaux, bric à brac de meufs
Qui les peinturlent en cagoles des quartiers
En poufiasses aguichant le boss plein aux as
A peine ont elles barbouillé leur bouche
Que les lèvres épaisses entr’ouvertes et luisantes
Rappellent étrangement les gobe mouches
Ou la gueule d’un mérou en attente.
Ce masque comme il est triste et vain
Ce minois si jeune comme il est comique et laid
Pourquoi ce changement malsain
Alors qu’un simple sourire suffirait
Un jeu tout ça , pas certain
Un espoir de faire copain copain
Avec le mec du bureau
Celui qui est là haut.


Définitions

Zèbre : herbivore bien connu pour sa robe rayée, celle ci provient de son alimentation, un jour il mange des racines, le lendemain, des feuilles d’où des poils noirs puis blancs. En période de pénurie alimentaire les dessins ne sont pas réguliers, on en voit alors des quadrillés !

Iguane : cet animal présente des pics sur le dos, ce serait les restes de son repas, il a mangé trop de hérissons.

Boa : animal préservé, il date de l’époque où les animaux apprenaient à parler et cet variété de serpent commençait l’alphabet en prononçant un beau A.

Hirondelle : il paraît qu ‘elle ne fait pas le printemps pourtant autour d’elle les mâles exécutent des ronds d’ailes et le ciel s’emplit de petits, si c’est pas ça le printemps !

Otarie : ne peut pas vivre dans un pays où les sources sont taries. Pa de quoi rire !

Souris : petit rongeur qui mange du riz plutôt des grains qu’elle va chercher sous les lits et qu’elle distribue à ses petits. Et là tout le monde sourit. Bon appétit !

Moufmouf : c’est un animal des pays poussiéreux mais il est aussi allergique et vous l’entendrez renifler dans les plaines asséchées. L’avantage c’est qu’après chaque éternuement quelques gouttes tombant de leur nez donnent naissance à quelques herbacées. Du coup ils sont obligés d’émigrer.


Nouvelles d’ici

Ceux qu’on appelle humains ici sont de plus en plus nombreux, tous différents et pourtant ils font tous pareil, ils se lèvent à un moment qu’on appelle matin, entendez par là changent de position, ils passent de l’horizontale à la verticale quand un appareil étrange leur secoue les neurones, parfois c’est simplement la lumière qui leur ébranle le cerveau. Mais ils ne se lèvent pas tous en même temps car comme tu sais le soleil baigne la planète bleue en deux temps. Ici tout tourne , je pense que c’est pareil chez toi. Bref, une fois à la verticale, les pieds collés au sol, ils s’agitent, je ne sais pas trop pourquoi ni vers quoi, ils veulent peut être essayer de décoller, échapper à la gravité ou te retrouver .
Malgré ses mouvements fébriles, il y a des moments de calme ou plus exactement des moments où ils écoutent ce qu’on appelle nature, état originel que tu connais bien, ils se laissent bercer par le flux et le reflux des vagues, ils pensent que c’est la lune qui vient les calmer, tu pourrais peut être lui demander, tu la connais bien. Et chez toi les surfaces liquides bougent elles ? Ici certaines eaux, c’est leurs noms, dévalent et courent partout en immense toile, elles dessinent les creux et bosses que tu aperçois de chez toi. Mais il y en a qui ne peuvent pas écouter, ça je sais pas te dire pourquoi, ils écoutent que leur propre bruit et ils en font de plus en plus. Et là haut on entend les oiseaux ?Tu sais ce sont des petits êtres vivants à deux pattes, couverts de plumes, j’aimerai bien monter sur leurs ailes et voler dans les airs, j’arriverai chez toi.
S’habiller, voilà une autre manie qui existe ici, paraît que c’est relativement nouveau, quelques ères en arrière, ils se protégeaient des intempéries mais maintenant ils répondent à ce qu’ils nomment la mode, ils se font de la concurrence, du commerce. Le commerce , tu connais pas, une drôle d’invention, on ne s’échange pas les choses, on les rapporte à une valeur, je ne saurais pas t’expliquer , je peux juste te dire que si tu viens ici procure toi un max de tunes, c’est la référence, tu en auras besoin pour nous visiter et t’informer sur l’histoire de notre pauvre humanité
Bref, je sais pas s’il vaut mieux être ici ou là bas avec toi.


Adam et Eve

Histoire de serpent, de pomme, on ne sait pas trop, la seule certitude, c’est leur regard, leur désir. Une condition pour cheminer sur cette terre c’est de répondre à cet élan profond vital pour créer ce qu’on nomme humanité . Une paire et voilà une drôle d’affaire en route pour des millénaires.
Habitant des contrées de grand froid, Adam doit partir chasser loin de son pommier. Eve va restée seule, Adam soucieux de son bien être, on ne sait pas d’où vient cette réflexion, confie son aimée à son frère. Arriva ce qui devait arriver, le mal était fait, à son retour Adam eut trois bouches à nourrir.
Pour survivre, il valait mieux descendre en suivant les étoiles. Adam construisit un bateau, Eve fut chargée de la confection des voiles, là aussi on ne sait pas trop pourquoi. Ils partirent sur les mers, un soir Adam perdit le contrôle, il changea de cap. Les sirènes, voilà les coupables, ils s’échouèrent lamentablement. Eve pleurait sur sa condition humaine. Ignut, le frère d’Adam la consolait : « Ce n’est rien , il faut t’habituer et moi je suis là.. »
Quand Adam reprit ses esprits , il se trouva avec quatre bouches à nourrir…..

dimanche 22 mai 2016

Un métier

Je suis marin.
Mon bateau se balance sur une mer bleue presque noire, épaisse comme de la gelée de myrtilles.
Les mouettes tournent en criant au dessus de moi.
J'aimerai remonter un filet plein de sirènes nues et de coquillages rares. J'aimerai pêcher des mérous énormes et des espadons géants que je ramènerai au port, fier de moi, sous les applaudissements et la joie des enfants.
J'aimerai traverser les océans et franchir les 30° rugissantes et les 40° hurlantes, partir de longs mois et me soûler dans les ports où des filles de joie dormiraient dans mon paddock.
J'aimerai être un autre marin. Un grand. Pas  un petit marin sur son petit pointu à ne relever que des sardines et des calamars vendus une misère sur l'étal de Germaine.
Je suis marin. Et je me sens pauvre de ne pas voir ce métier en grand.
Mes rêvent se cassent sur les vagues du petit matin et dans l'odeur de fuel qui traîne sur l'écume sale.