mardi 3 décembre 2013
Tchat funèbre
Sur Facebook, en deux mille vingt et quelques:
Ami n° 28: Francine L. tu dis? Au lycée de Beauvais en même temps que nous? Tu es sûre? Elle avait eu son bac en 65? Aucun souvenir, mais alors, aucun souvenir!
Amie n° 301: Je ne peux pas t'envoyer sa photo, sur son mur elle avait mis une fleur, un tournesol.
Amie n° 125: Oui, elle aimait se cacher, elle ne se faisait pas remarquer. Moi je me souviens qu'elle n'avait pas de petit ami, ça m'étonnait, elle était pas mal.
Ami n° 32: Oh; mesdames, moi je m'en souviens. J'étais à côté d'elle en cours de maths. J'étais nul. Elle me laissait pomper, comme ça, en silence. Ce n'était pas un accord entre nous, elle ne demandait rien en retour, elle orientait juste un peu sa feuille vers moi.
Amie n° 4: Et bien moi, je suis sa cousine, sa "petite "cousine. Elle me l'a assez répété que j'étais "petite", six ans de moins qu'elle. A l'époque on n'était pas riches, sa mère me refilait toutes ses frusques devenues trop courtes. J'enrageais, mais je les mettais, je n'avais pas le choix. Aussi, à défaut de photo d'elle, je peux vous envoyer une photo de sa robe écossaise, taille 12 ans, que j'ai portée jusqu'en 1965.
Amie n°3: Permettez moi de m'immiscer dans le tchat. Je suis sa fille et je vous assure que comme mère, avec tout l'amour que je lui porte, elle ne passait pas inaperçue. Dans les réunions de parents d'élèves elle était la première à prendre la parole, à revendiquer pour nous des heures de sport en plus, ou des sorties, ou un remplaçant en dessin. Moi j'avais honte, mais honte...
Sur Facebook elle était beaucoup plus discrète, vous ignorez sans doute tout d'elle, mais moi, au quotidien...
Enfin je crois qu'elle a mené la vie qu'elle voulait, elle nous a quittés à temps, avant la déchéance qu'elle n'aurait pas supportée.
Amie n° 30: Et un mari, elle avait un mari? On n'en a jamais entendu parler.
Amie n° 3: Mon père, il faut bien avouer qu'il n'avait pas grand chose à dire. Maintenant il s'en fout, sur ses vieux jours il a trouvé une femme beaucoup plus coulante.
Amie n° 28: Et les obsèques, vous y êtes allés, vous aux obsèques?
Amie n° 3: Pas d'obsèques, ma mère n'en voulait pas. Elle est partie en Afrique, s'est assise au bord du fleuve et a attendu qu'un crocodile la dévore.
lundi 2 décembre 2013
Hôtel à Vienne
Mr. Alshut inscrit son dernier client de la journée. Hôtel complet. Cette pancarte qu'il dépose sur son guichet déclenche chez lui un large sourire qui n'a d'égal que la largeur de son porte feuilles aux soufflets bien remplis. C'est le seul sourire qu'on lui connaisse, d'ordinaire on ne voit de lui que son crâne dégarni tant il est affairé dans ses papiers. En se hissant sur la pointe des pieds, il observe le va et vient des touristes. Par dessus ses petites lunettes rondes , rien ne lui échappe. Il envie les couples d'amoureux, les couples de vieux venant fêter un anniversaire de mariage au son des valses de Strauss. Il éprouve une certaine nostalgie devant les robes longues semblant tout droit sorties des boiseries. En effet , tout est recouvert de bois ciré décoré de portraits d'on ne sait quelle famille, des ancêtres de Mr. Alshut sans doute ou des croûtes achetées aux puces pour faire semblant d'être descendant de grande dynastie, on est à Vienne tout de même! Seule brille la boule en cristal de la montée d'escaliers, bien astiquée , elle reflète les bijoux de dames huppées se prenant pour Sissi. Des parfums sirupeux envahissent les couloirs et vous montent à la tête, prémices de fin de bal. Des airs de violon surannés accompagnent le petit déjeuner. Mais une fois ce flot évacué après multiples courbettes, le service est réservé aux locataires de longue durée. Ils sont logés dans les mansardes de l'établissement auxquelles on accède après avoir parcouru un dédale de couloir où trainent des odeurs de tabac. Il y a là un étudiant en peinture qui chaque matin tente d'engager la conversation sur Hundertwasser mais Mr. Alshut n'y connait rien, puis arrive la dame au petit chien, elle ne dit rien, elle essuie une larme en beurrant ses tartines, on dirait qu'elle attend, qui quoi, un amant disparu? une amie qui ne vient plus? on ne sait pas. Elle est là. Quand le grand escogriffe à peine coiffé débarque pour boire son thé, Mr. Alshut se fait encore plus petit derrière son guichet, il a peur de ce client, ses yeux rouges et ses taches de rousseur l'épouvantent .Il le prend pour un espion et lui prête toutes sortes d'intentions:"il prépare un attentat, il va vérifier mes comptes, me dénoncer au fisc...."Mr. Alshut regrette ses quelques irrégularités et cache ses cahiers. Et quand l'inconnu se met à pianoter sur la table, il claque des dents de frayeur et devient tout blanc. Il guette avec impatience le moment où la chaise va grincer sur le plancher pour signaler le départ de l'étranger. Après avoir lisser ses fines moustaches, l'individu enfile un imperméable élimé, se saisit de la sacoche de cuir usé dont il ne sépare jamais et d'un geste agacé pousse la porte, tousse, remonte son col et le voilà dehors. A demi rassuré Mr. Alshut peut remonter l'escalier, s'arrêter devant la porte opus. A l'abri des regards, il tourne doucement la clef et pénètre discrètement dans la chambre. Il entreprend une fouille minutieuse des meubles, il en connait tous les recoins, ils proviennent d'un héritage lointain. Il tire tous les tiroirs, ouvre toutes les armoires. Rien. Pas étonnant que l'occupant sente le moisi, la garde robe est limitée. Avant de quitter les lieux, Mr. Alshut repense au réduit, attenant à la pièce, un petit passage qui permet d'accéder au balcon sur lequel plus personne ne va. Et là, il découvre un coffre:" J'avais raison, c'est un voleur, il cache ses trésors, il dépouille mes clients, je devrais fermer , appeler les policiers..." Mr. Alshut s'éponge le front , soulève le couvercle et stupeur! Des partitions, des partitions de Schubert. "Enfin un qui vient pour le maître, un qui ne vient pas valser, un qui vient pour le meilleur de Vienne, je vais lui montrer le buste dans la jardin, je vais le conduire au petit musée, je vais lui indiquer les bons concerts, les scubertiades.....
Mr. Alshut exulte, je vais appeler mon hôtel "Hôtel Schubert" La classe! Des larmes coulent sur les lunettes, des lunettes comme celles de Schubert.
dimanche 1 décembre 2013
Hôtel de l'énigme
"Hôtel de l'énigme" : je ne connais pas d'hôtel sous ce nom-là, et pourtant ça sonnerait bien, à condition de pas y dormir peut-être. En général, les noms d'hôtel, ça craint:
- Hôtel des Voyageurs (qu'est-ce que c'est original dîtes-moi, vous avez trouvé le nom comment?),
- Hôtel de la Gare (ah oui, c'est sûr, comme ça c'est pas dur à trouver),
- Hôtel de France (Oh yes, the French touch of course! My GPS is rich!)
etc.
Quand je voyage pour moi, j'évite ce genre d'endroit : souvent trop cher, sauf quand c'est ma boîte qui me paie cette boîte à sommeil. Mais là je ne choisis ni l'hôtel, ni son nom, et d'ailleurs il est rarement en français, alors... Ces maisons de passage ne me racontent en général pas grand'chose. Néons criards quand bon marché, lumière tamisée quand plus aisé. Il faut donc les toiser longuement, prêter l'oreille, désoeuvré ou pas, mais une oreille qui parle souvent d' une autre langue, d' un autre accent, d'une autre musique de mots. Sinon je fuis ce voyageur qui me ressemble trop, pas le temps du monologue démagogue.
Une hôtesse russe dans une banlieue hollandaise te salue sans humeur vagabonde devant son écran?
Un groom immense comme un Turc de légende, portant chapeau-clac et redingote entre 2 narghilés?
Un assoupi des clés, qui garde un oeil vissé sur Al Jazeera, en arabe dans le texte, et te signifie qu'il t' a repéré quand tes mains sortent autre chose qu'une carte AmEx? Et pourtant, ces billets en devises pourris qui te donnent un instant l'illusion que tu es quelqu'un de puissant, t'as pas vraiment envie de les garder longtemps par devers toi, si sales et si puants si souvent...
Que dire à cette femme de chambre, craintive et demi-muette, qui semble ne voir du voyage que les penchants des hommes qui ne resteront pas?
Comment faire, dans ce hall de gare privée, qui héberge les petit-déjeuners de la planète entière en mode open bar mais lève-toi pour ton café ?
Et puis parfois un hôtel c'est un autre froid, où l'on entre en glissant, dès le perron, sa carte de paiement. Un 24/7 où personne ne vous attend, personne ne vous répond, personne ne vous réveille, personne ne vous salue, personne ne vous sourit, personne ne vous appelle un taxi, personne ne vous montre que vous êtes en mouvement, en marche, en vie. Alors ces déserts en ville, on les fuit, et, selon l'envie, on ose, on sort, on prie pour qu'enfin une personne vous sourit, vous salue, ou mieux, vous questionne et vous raconte sa vie. Ou d'autres vies.
On prend alors le risque de la nuit, et le souci de quelqu'un qui vous suit. Ou la lueur du sourire d' une jolie fille, alanguie devant un mur de verre et vapeur au coin d'une rue; elle s'ennuie, alors elle accepte de vous traduire la carte que le serveur nonchalant mais narquois vous a claquée sous le nez, idéogrammes improprement manuscrits.Tout ce petit monde rit, les yeux bridés se plissent encore plus un instant. L'énigme du plat se résorbe, cette fois dans l' estomac. Il faudra rentrer, réchauffé, et au Diable la note de frais pour le comptable sourcilleux du besogneux bureau d'à côté, de la Société Anonyme qui finira bien par raquer, au taux de change qui l'arrange, ça va sans dire...
Pour l' heure direction l'hôtel. Il n'y a guère qu'en Estonie que taxi s'écrit taxo. On rentre le plus tard possible, sans faire de bruit, on reparcourt ces couloirs morts et sans repères, on imagine des temps prochains où même les hôtels redeviendont humains. Après l'électricité?
- Hôtel des Voyageurs (qu'est-ce que c'est original dîtes-moi, vous avez trouvé le nom comment?),
- Hôtel de la Gare (ah oui, c'est sûr, comme ça c'est pas dur à trouver),
- Hôtel de France (Oh yes, the French touch of course! My GPS is rich!)
etc.
Quand je voyage pour moi, j'évite ce genre d'endroit : souvent trop cher, sauf quand c'est ma boîte qui me paie cette boîte à sommeil. Mais là je ne choisis ni l'hôtel, ni son nom, et d'ailleurs il est rarement en français, alors... Ces maisons de passage ne me racontent en général pas grand'chose. Néons criards quand bon marché, lumière tamisée quand plus aisé. Il faut donc les toiser longuement, prêter l'oreille, désoeuvré ou pas, mais une oreille qui parle souvent d' une autre langue, d' un autre accent, d'une autre musique de mots. Sinon je fuis ce voyageur qui me ressemble trop, pas le temps du monologue démagogue.
Une hôtesse russe dans une banlieue hollandaise te salue sans humeur vagabonde devant son écran?
Un groom immense comme un Turc de légende, portant chapeau-clac et redingote entre 2 narghilés?
Un assoupi des clés, qui garde un oeil vissé sur Al Jazeera, en arabe dans le texte, et te signifie qu'il t' a repéré quand tes mains sortent autre chose qu'une carte AmEx? Et pourtant, ces billets en devises pourris qui te donnent un instant l'illusion que tu es quelqu'un de puissant, t'as pas vraiment envie de les garder longtemps par devers toi, si sales et si puants si souvent...
Que dire à cette femme de chambre, craintive et demi-muette, qui semble ne voir du voyage que les penchants des hommes qui ne resteront pas?
Comment faire, dans ce hall de gare privée, qui héberge les petit-déjeuners de la planète entière en mode open bar mais lève-toi pour ton café ?
Et puis parfois un hôtel c'est un autre froid, où l'on entre en glissant, dès le perron, sa carte de paiement. Un 24/7 où personne ne vous attend, personne ne vous répond, personne ne vous réveille, personne ne vous salue, personne ne vous sourit, personne ne vous appelle un taxi, personne ne vous montre que vous êtes en mouvement, en marche, en vie. Alors ces déserts en ville, on les fuit, et, selon l'envie, on ose, on sort, on prie pour qu'enfin une personne vous sourit, vous salue, ou mieux, vous questionne et vous raconte sa vie. Ou d'autres vies.
On prend alors le risque de la nuit, et le souci de quelqu'un qui vous suit. Ou la lueur du sourire d' une jolie fille, alanguie devant un mur de verre et vapeur au coin d'une rue; elle s'ennuie, alors elle accepte de vous traduire la carte que le serveur nonchalant mais narquois vous a claquée sous le nez, idéogrammes improprement manuscrits.Tout ce petit monde rit, les yeux bridés se plissent encore plus un instant. L'énigme du plat se résorbe, cette fois dans l' estomac. Il faudra rentrer, réchauffé, et au Diable la note de frais pour le comptable sourcilleux du besogneux bureau d'à côté, de la Société Anonyme qui finira bien par raquer, au taux de change qui l'arrange, ça va sans dire...
Pour l' heure direction l'hôtel. Il n'y a guère qu'en Estonie que taxi s'écrit taxo. On rentre le plus tard possible, sans faire de bruit, on reparcourt ces couloirs morts et sans repères, on imagine des temps prochains où même les hôtels redeviendont humains. Après l'électricité?
3 (auto) portraits d' extra-terrestres
1)
Ce prétendu visage n'a pas d'yeux. Pas besoin, il est Dieu.
Il voit tout. Au dehors comme au dedans, en avant comme en arrière, le dessus comme le dessous, les desseins comme les destins.
Sans traits reconnaissables, il est lui-même et il est les autres.
Egal et différent.
2)
Monsieur Cagoulot rentre de plongée sous-marine. Il est vrai qu'il a bu, et pas que de l'eau de mer. Mais ce soir c'est ... Allowine! Et c'est lui, tout crado, la peau comme les vêtements, qui pouire, et va faire fuir les minots, "qui disent jamais bonjour sauf pour me taper des bonbons une fois l'an". Facile, Monsieur Cagoulot a ce talent, et pas qu'un jour par an.
3)
03 vit ailleurs, cheers humains bien d'ici, mais IlElle ne se voit que la nuit. IlElle descend de Chiron, porté par le vent solaire. IlElle vient chercher de l'aide, elle-lui le shamane : son peuple l'attend et l'espère. Et IlElle se désespère. Toute cette lumière sur la Terre, elle paraissait pourtant bien bleue depuis là-bas, depuis l'au-delà de la stratosphère. Les cartomanciens se seraient-ils trompés? Impossible. Alors IlElle les a cru, a dit oui, sans savoir, et IlElle quête, et se cache. Parfois une douce couleur amie lui parvient, au moment où les aurores boréales laissent leur place au soleil, dos à la nuit, comme un sourire qui luit, vers ElleLui, plus serein que Sélène pour les humains.
Alors IlElle devient Zoreil, Zorro du soleil. IlElle erre alors dans l'air d'une ère amère sur terre, l'air de rien, l'air trop fin brûle sa gorge, car son peuple jamais n'en eut besoin. Il erre, et erre encore, IlElle le sait, ça ne rime à rien, mais il le fallait bien. Sourire néanmoins, sourire au lointain...
Ce prétendu visage n'a pas d'yeux. Pas besoin, il est Dieu.
Il voit tout. Au dehors comme au dedans, en avant comme en arrière, le dessus comme le dessous, les desseins comme les destins.
Sans traits reconnaissables, il est lui-même et il est les autres.
Egal et différent.
2)
Monsieur Cagoulot rentre de plongée sous-marine. Il est vrai qu'il a bu, et pas que de l'eau de mer. Mais ce soir c'est ... Allowine! Et c'est lui, tout crado, la peau comme les vêtements, qui pouire, et va faire fuir les minots, "qui disent jamais bonjour sauf pour me taper des bonbons une fois l'an". Facile, Monsieur Cagoulot a ce talent, et pas qu'un jour par an.
3)
03 vit ailleurs, cheers humains bien d'ici, mais IlElle ne se voit que la nuit. IlElle descend de Chiron, porté par le vent solaire. IlElle vient chercher de l'aide, elle-lui le shamane : son peuple l'attend et l'espère. Et IlElle se désespère. Toute cette lumière sur la Terre, elle paraissait pourtant bien bleue depuis là-bas, depuis l'au-delà de la stratosphère. Les cartomanciens se seraient-ils trompés? Impossible. Alors IlElle les a cru, a dit oui, sans savoir, et IlElle quête, et se cache. Parfois une douce couleur amie lui parvient, au moment où les aurores boréales laissent leur place au soleil, dos à la nuit, comme un sourire qui luit, vers ElleLui, plus serein que Sélène pour les humains.
Alors IlElle devient Zoreil, Zorro du soleil. IlElle erre alors dans l'air d'une ère amère sur terre, l'air de rien, l'air trop fin brûle sa gorge, car son peuple jamais n'en eut besoin. Il erre, et erre encore, IlElle le sait, ça ne rime à rien, mais il le fallait bien. Sourire néanmoins, sourire au lointain...
vendredi 29 novembre 2013
Phobie hotelière
Chacun ses fantasmes, chacun ses phobies, enfin elle le croit, pour se rassurer. Elle n'aime pas les chambres d'hotel. Elle les évite. Longtemps, elle n'a pas pu dormir dans une chambre d'hotel, alors elle se tournait et retournait dans ce lit qui décidément ne lui convenait pas. Elle dort n'importe où, par terre dans un couloir, sous une tente ou à la belle étoile, chez elle peu importe la pièce,même dans la cuisine ou dans la baignoire s'il le faut, dans sa voiture, mais c'est "sa" voiture.
Dans un lit d'hotel, si elle s'abandonne un peu, si elle laisse la place aux images qui se présentent, elle se sent assaillie, envahie, par tous les gens qui ont dormi là, exactement là, à sa place de ce soir. Ils ont laissé des traces, ce trou de cigarette sur la table de nuit, cette écorchure dans le papier peint, cette tache ineffaçable sur le couvre-lit, une odeur, un parfum, un relent de tabac. Rien, mais elle sent tout et si elle se laisse faire la panique l'envahit. Des visages, maquillés ou barbus, des corps lourds et suants ou secs et nerveux, des gestes, des paroles, des mots d'amour ou de dispute. Un meurtre peut-être un jour, va savoir, elle n'a pas lu tous les journaux.
Imaginer que là, à sa place, dans le cocon que devrait être sa chambre d'un soir, se sont succédés tant de personnages, tant de sentiments, tant de présences abandonnées au sommeil, la terrifie.
Des gens qui, dans la rue, ne lui adresseraient jamais la parole, avec qui elle ne partage rien, pas une bribe de connaissance. Et elle doit prendre leur place dans ce qu'il y a de plus intime, un lit.
Elle sait qu'elle pourrait en rêver, que ce serait prétexte à une imagination débridée, qu'elle pourrait se relever, écrire, faire des portraits, mais maintenant à l'hotel, elle l'avoue, elle prend un somnifère.
mercredi 27 novembre 2013
Je me souviens...
Je me souviens de beaucoup de choses; de beaux souvenirs d'école. Je me souviens de la bonne odeur des croissants qui flottait dans l'air et venait de la boulangerie ,les matins,sur le chemin du collège... Je me souviens de peu de choses d'un coup; tout est parti comme un nuage fuyant le soleil... enfin pas tout à fait tout. Je me souviens des dimanches après-midi, où nous pique-niquions sur notre belle nappe rouge quadrillée dans l'herbe verte. Je me souviens de lointains et vagues souvenirs comme quelques bêtises d'enfants où nous sonnions à la porte des voisins, et nous cachions la seconde d'après dans les buissons d'à côté. Oui... je me souviens de moments qui ne sont devenus un heureux souvenir que lorsque je me suis rendue compte que ces instants-là étaient uniques, et que je ne pourrai jamais les revivre de la même façon. Je me souviens de ma peur bleue du tonnerre, où je me cachais la tête avec un coussin, étant gamine. Je me souviens de la joie d'aller dans mon lit bien chaud les soirs d'hiver et de me pelotonner dans une couverture. Je me souviens, je me souviens... Je me souviens d'anecdotes sur mon enfance que j'avais oubliées et que m'avait racontées mes parents. Je me souviens de rires, de fous rires, de jeux, d'ennuis aussi. Je me souviens et je profite du bonheur de la jeunesse qu'est d'avoir quatorze ans, de savoir qu'on a l'enfance derrière soi, mais la vie devant...
Je me souviens que je ne savais pas quoi écrire il y a dix minutes, mais je constate avec surprise et sourire que ma feuille et pleine, alors je devrais arrêter d'écrire...
Christina
Je me souviens que je ne savais pas quoi écrire il y a dix minutes, mais je constate avec surprise et sourire que ma feuille et pleine, alors je devrais arrêter d'écrire...
Christina
mardi 26 novembre 2013
Elle avait tout vu, tout senti, tout dit et tout entendu...
Aujourd'hui,
il était trop tard... Elle était devant un miroir, qui lui reflétait son image.
Un beau visage à ce jour creusé par de fines rides; exprimant une longue
expérience de la vie.
Ses yeux gris, perlés de vert montraient de la sagesse et un lointain
souvenir vague et énigmatique de la jeunesse. Des yeux qui avaient tout vu,
admiré, scruté, aperçu, observé, tant de choses; tant de beautés : les
doux champs de blés dorés à la lueur de l'automne, les belles montagnes, la
mer si profonde et infinie, la campagne si sereine et apaisante, la forêt si
sombre et silencieuse, la nuit si inquiétante et menaçante...Des yeux qui
avaient tout vu.
Un visage délicat et aux traits fins ainsi qu'un grand nez. Combien de fois ce nez elle aurait voulu l'avoir petit ! Elle ne s'en souvenait plus tant ce souhait l'avait ardemment hantée dans son enfance. Un nez qui avait humé, senti, respiré, aspiré tant de choses : l'odeur enivrante des roses à l'aube du printemps; la senteur fraîche et piquantes des champs de lavande lorsqu'elle allait en cueillir pour sa mère les soirs d'été; et celle des épices cannelle, gingembre, curry... elle les connaissaient toutes ! L'odeur du pain cuit, elle n'aurait pu l'oublier ! Un nez qui avait tout senti.
Un visage si gracieux et une bouche si petite, une "cerise" lui avait-on dit. Des lèvres qui avait tant dit, tant hurlé, crié, braillé, menacé, tempêté; mais aussi consolé, calmé, réconforté, et qui avait quelques rares fois souri... Des belles paroles qu'elle avait récitées; yeux clos; dans la nature; qu'elle avait déclamées avec respect et cérémonie. Une bouche; des lèvres qui avaient tout dit.
Un visage de poupée, à la différence qu'il aurait pu et semblait être en porcelaine, mais qui ne l'était pas...Deux oreilles, petites et discrètes, qui avaient tant entendu : des secrets, des mystères, des mots interdits, des insultes, des horreurs, des malheurs; des belles paroles encourageantes et aimantes. Elle avait tout entendu.
Un visage vieilli et amaigri, qui un jour avait été celui d'une déesse, personne n'en avait douté à l'âge de ses vingt ans. Une chevelure désormais grise qui avait été, autrefois; ondoyante, ruisselante comme une coulée d'or. Des cheveux qui avait été tant de fois tressés, coiffés, peignés, lavés, lustrés... Une chevelure dont le plaisir de la brosser avait été un bonheur de la jeunesse; malgré des souffrances en tant que petite fille sous les coups de brosse déterminés à évincer les épais nœuds se cachant au fin fond des cheveux... Des "boucles d'ange" disait sa Tante Rose à ses 15 ans.
Un visage marqué par la vie, les épreuves, le bonheur, le malheur, la tristesse, la joie, la honte, la révolte, l'amertume, la colère, la mélancolie, la compassion, l'amour, l'amitié... Par la Vie. Une existence peuplée de rêves, de songes, d'illusions, de fantasmes, de souhaits; espérés, souhaités... Une humaine qui avait tout vu, tout senti, tout entendu, tout dit...
Un visage exprimant la paix...
Oui elle avait été heureuse...
Un destin arrivant au terme de son voyage.
Un dernier petit sourire.
La fin.
Deux yeux perlés qui se refermèrent à tout jamais...
La paix, le néant, le vide....
Plus rien...
Christina
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