jeudi 14 novembre 2013

La nouvelle

Lorsque je suis arrivée dans cette maison, enfin si on peut appeler ça une maison, il y avait déjà des occupantes, elles étaient de taille, elles ! C’était par une belle et chaude journée du mois de juin, j’arrivais d’Ardèche, frêle et menue, mais bien décidée à faire ma place. Ce jour-là, je voyageais dans un wagon de la SNCF, un corail des années 70, dans son jus. Mon ami m’avait permis un bref transit dans une maison des quartiers chics de Marseille, puis direction la mer et la calanque de la Redonne, quelqu’un avait dit qu’il y faisait chaud ; je ne savais pas vraiment où j’allais. Je passais la première nuit dans une courette avec un repas frugal au cas où je sois malade après mon voyage. Depuis ma litière j’apercevais des légumes, dont certains longilignes, à facettes et surmontés de fleurs jaunes, mais rien à faire, je ne pouvais y accéder, des grillages de protection avaient été placés un peu de partout. Je me contentais des quelques céréales sèches, posées à la volée sur le béton. J’entendais çà et là des paroles qui venaient de derrière une porte. Une femme blonde entra, elle était accompagnée d’un homme avec des cheveux poivre et sel. Elle tenait dans ses mains des coquilles d’œufs de couleurs différentes, elle les déposa derrière le grillage et attendit ma réaction. Je faisais mine de n’avoir rien vu, j’avais déjà mangé des pois chiches et mon appareil digestif avait encore du travail à réaliser. Néanmoins, j’attendais que ces deux personnes referment la porte derrière eux, et j’allais humer la fraîcheur incontestable de ce qui avait été des œufs. Visiblement on devait cuisiner dans cette maison ; prise entre la stupeur et l’angoisse de ce qui pouvait m’arriver dans cette demeure, je décidais de rentrer dans les quatre murs de carton qui me servaient d’abri. La nuit fut longue, les fêtards allèrent se coucher à point d’heure, les lumières s’éteignirent enfin. Quand le soleil se leva, la maison était encore plongée dans le silence. J’entreprenais d’explorer mon enclot, j’avais déjà des intentions, un espace au sec, de la verdure en prime tout autour. Adieu les cages et les marchés, les pontes qui tournent mal dans les virages pris sur les chapeaux de roue pour arriver tôt et avoir la meilleure place. Je passe les détails, suspendue la tête en bas, maltraitée....Soudain, j’apercevais ce qui m’était familier, au saut du perchoir, deux têtes couronnées d’une belle crête rouge vif et de plumes brillantes, témoins d’une bonne santé. C’était bien ça, une poule se profilait derrière les grillages du potager, un seconde descendait dignement sur une planche, me regardant avec mépris. J’avais tout compris, nous allions être voisines, moi dans mon jardin aux mille légumes et elles dans leur prés carré. Je retournais dans mon abri, des chuchotements se faisaient entendre, la même femme accompagnée de mon ami venait me chercher ; heureuse d’aller dans le potager, à l’ombre de la coriandre déjà montée. Puis d’une main, elle me prit par une aile, l’autre empoignant le bréchet. Nous traversions le potager, tout à coup mes espoirs de verdure s’effilochaient.  Je survolais les tomates, les salades….Merde, un poulailler !
Josiane






Elle

Je sais qu’elle est là, petite et pourtant grande. Fragile et pourtant elle a passé des générations maintenant. Elle est toujours là, elle m’accompagne à chaque fois que j’ai du m’installer au loin, cependant plus jamais je ne lui parle, je la regarde seulement quand je passe tout près. Parfois il m’arrive de la prendre et de lui faire une beauté, mais je la trouve toujours belle et je ne veux pas la déranger, lui changer ses habitudes et encore moins ses apparences. Mais, au fait, savez-vous qui elle est ? Elle est là toujours à la même place. Elle m’attend. Pourtant elle sait que je ne la regarderai pas nécessairement ce soir, ni même demain. Mais, je veux qu’elle m’accompagne. Je ne  veux pas qu’elle me quitte. Je sais qu’elle me survivra. Son corps fragile a bien résisté au temps. Ses bras et ses jambes sont toujours articulés et tous intacts. Sa tête de porcelaine a toujours son teint clair. Ses yeux s’ouvrent chaque fois que je la relève. Ses cheveux sont réels et lui font un halo brun autour de son frêle visage. 

Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. C’est pourtant vrai. Pourquoi je l’aime, pourquoi je la veux. On m’en a montré d’autres cent fois plus jolies. Plus grandes, plus à la mode, plus élégantes. Et bien non, je la veux. Je veux qu’elle soit là dans la lumière ou dans la peine ombre. Dans la nuit, je pense même la voir. Je sais qu’elle est là, toujours à la même place. Droite posée sur la commode. Elle se tient fière sur son socle. Je sais qu’elle est là, qu’elle me regarde.
Un jour, j’ai cru que l’on me l’avait enlevé. Qui avait osé ? La nuit, parfois on doute, la nuit, j’écoute tout fuit, tout passe, l’espace efface le bruit.


La chambre

Elle est claire, la lumière y est forte. Intense, elle se rapproche de la couleur du soleil sur les champs quand celui-ci est au plus fort, au plus haut. La couleur renvoie la lumière sur tous les murs. La lumière y est de plus en plus forte.
Le bouton d’or, le tournesol, ils semblent remplir la chambre. Ce n’est plus une chambre, elle ne veut pas être repliée sur elle-même. Elle semble s’ouvrir contre la volonté des hommes.
Les murs disparaissent, ils semblent  être tombés. Ça y est, ils sont tombés. Ils ont disparu.
Alors la chambre n’est plus que lumière. Le jaune est partout. C’est un grand champ jaune au milieu de nulle part.


Il arrive, il monte. On l’entend monter avec ses lourdes bottes. Il gravit les échelons de l’escalier d’un pas lourd.
L’escalier semble monumental. Comment l’homme va arriver dans cette chambre ? Il n’a pas de carte, pas de boussole. La chambre est mobile.
Saura-t-il la rattraper ? Pourra-t-il y arriver ?
 Il semble soudain s’inquiéter. Son air autrefois enjoué puis placide soudain est envahi par  l’inquiétude.
Sa quête semble l’emplir d’une lueur morbide. Qu’est-ce-qui le préoccupe tant ? En fait, il ne sait pas s’il sera à la hauteur de sa tâche, car il a réalisé que c’est une quête vers la lumière.
Alors, il comprend l’ampleur du chemin à parcourir. Il marmotte entre ses dents que jamais il n’aurait du accepter. Il n’est pas encore prêt. Il ne sait pas tout. Il n’a pas tout vu.
 Aura-t-il la force de regarder la lumière en face ? Ou bien trop faible encore, cette vision lui sera-t-elle fatale ?
Non, il ne le veut pas. Il hésite encore ; mais il est trop tard pour faire demi-tour. Il n’a plus le choix. Il doit avancer quel qu’en soit l’issue.
Soudain, il comprend que s’ il y a une force, un savoir, une puissance pour le guider sur la bonne voie ; c’est en lui qu’il devra puiser et trouver tout cela. Ainsi il reprend la route, cette route qui est la sienne. Il semble plus confiant plus fort quand je le vois repartir vers son destin.


-         Où suis-je ? J’y suis ? Déjà ?.
-         Et oui, je suis dans la chambre jaune. L’escalier y menait tout droit.
-         Mais non, je n’ouvre pas encore les yeux. J’attends. Que puis-je faire d’autre que de savourer ce moment ? Avant que tout ne bascule dans un sens ou dans un autre… Je vais donc savoir bientôt quel est mon destin…
Que la lumière soit. Non, pas encore. Je préfère attendre encore un peu.
Que je sois prêt ou pas, il faut savourer cet instant présent. Maintenant je connais la douceur, la paix, la tranquillité.
-         S’l vous plait ne me dérangez pas. Laisser moi encore un peu plonger en moi. Au fin fond de moi pour voir si là aussi, la lumière est parvenue ou s’il fait toujours noir.
-         Que mes yeux aient la force de s’ouvrir, mais pas trop vite. Lentement, doucement que la lumière ne soit pas trop forte que la chaleur ne m’envahisse pas tout de suite.
-         Oui, doucement, j’arrive.
-         Que de monde autour de moi…
-         Que de temps passé avant de tous vous retrouver…

A L'oued d'EDEN

Sortir d'Alger en direction de la Tunisie vers l'est, aussitôt tourner à droite plein sud . Rouler 800km tout droit traverser l'Erg occidental, le plateau du Tadenaït. Direction In Salah.
Au premier palmier, prendre à gauche direction Tidikelt Hôtel , numéro de téléphone 002. 132. 936. 03. 93.chambre numéro 11. Une suite à 11.175DZD[i[1] la nuit, trois pièces plus salle de bain,  une entrée avec table basse, fauteuil, un salon avec divan style marocain et enfin une chambre de 40 m2, le tout bercé par la clim à fond. C'est là que  Merzak Allouach est descendu.
 Merzak Allouach cinéaste algérien, 1954/2012 . On se souviendra de ses plus grand succès :
·         " Fatima la voilée du hammam ».
·          « Zoubida et les quarante violeurs ».
·         « Elle ne roule pas que le couscous »
... Et je passe sur les divers reportages…
 Merzak est venu faire des repérages dans le désert en vue de son prochain film. Merzak a embauché un chauffeur pour le conduire à In Salah . Abdennour Daoud né le 25 août 1972 à Alger , marié  et résident 6, rue Marie Roche Grosse , El Biar , Alger.

Le Crime

Le 7 novembre, (il y a toujours des avenues du 7 novembre ) donc le 7 novembre 2012 à 8:00, Merzak a convoqué le caïd du district d'In Salah dans sa suite de l'hôtel Tidikelt, à 8:00,suivez svp, or, à 8h (oui, 8:00h bourrins ) personne n'ouvre la porte de la chambre. Tambourinage, appel, rien n'y fait. Finalement, le passe de la réception finit par avoir raison de la serrure. La chambre est vide personne juste  une Marlboro qui finit de se consumer dans le cendrier, un miroir cassé et quelques tâches brunes ça et là, un porte feuille à terre d'où dépasse le permis de conduire de Abdennour Daoud et aussi une babouche ( oui, une seule abrutis) et walou...

De la fenêtre de la chambre
la veille
Première Marlboro, 6:00 du matin Merzak est devant sa fenêtre de la chambre numéro 11, dans moins de trente minute, le soleil va pointer au dessus des dunes qui encerclent la ville de In Salah (levé aujourd'hui à 6:24 couché à 18:04) difficile de distinguer le jardin de l'hôtel. Les franges noires des palmiers gomment pour le moment le relief des bandes de fleurs qui courent le long de la piscine, la maison du gardien est seule visible où une bougie dans un photophore rayonne et distille le reflet de la silhouette de celui-ci  endormi sur une chaise.
6:15, un semblant de lumière chasse légèrement  les étoiles de l'horizon . Merzak connaît cet instant où il ne reste  quelques minutes avant de voir les dunes noircir et d'un coup pointer une forme rouge et jaune écrasée pour à nouveau reprendre couleur paille et de plus en plus...
 Merzak, il en a vu et encore vu et revu. Des levers de soleil. Merzak se réveille toujours très tôt , vers 5:00,en général, et cette vision idyllique pour les touristes ça le gonfle, l'énerve . Alors il allume sa troisième cigarette , il tire le rideau sur la fenêtre , allume la lumière au plafond : jour !
Merzak cendrier d' une main clope de l' autre pose son cul sur le bord de son lit. Tour circulaire de  la chambre. Pour être le plus grand hôtel du coin, Merzak n'est pas mécontent de la suite qu'il a réservé , elle est juste bien décorée. Spécial hypothétique touriste qui se serait perdu dans ce trou pourri. Tapis berbère au sol , la  peinture d'une fantasia qui recouvre la surface du mur face à son lit , tentures de part et d'autre de la  fenêtre,  porte en bois de palmier, sans oublier les fameuses lampes en peau de chèvre, bon en clair l'image d' Epinal du coin. Pas d'âme ,aucun  intérêt ! non juste la couleur des murs rose oui rose, le rose qui ne dit pas sa couleur, le rose pâle, pas franc, le rose pisseux, le rose pisseux des gâteaux arabes, le rose lamentable, sournois qui ne s' affiche pas comme une couleur, un rose faux-cul,  pas franc , en clair une couleur de merde. Merzak en reste rêveur qui peut peindre une pièce de cette couleur?
En bref dans cette chambre qui se veux être l'archétype du désert , les seuls objets qu'il affectionne  ce sont les deux fibules qui emprisonnent les rideaux de part et d'autre de la fenêtre . Sa grand mère avait les mêmes.
6:50,cinquième Marlboro, il y a trop du fumée dans la chambre Merzak pousse le rideau de la fenêtre et l' ouvre. L'astre du jour est bien en dessus des dunes, la lumière est déjà vive. Le palmier noir il y a un temps est maintenant d'un vert pisseux poussiéreux ,le gardien a disparu, le filtre de la poussière est en action . Encore un jour de plus "le soleil vient  de se lever encore une belle journée, tiens,v'là l'ami Abdenour ... »


Scène du crime

Merzak est à sa fenêtre.
yahamoualdik[2] il n' est pas encore 7:00  et déjà ce meboul[3] d'Abdennour vient me niquer le groove.  Et ce con de muezzin qui gueule que Dieu est grand !  Abdennour vient de disparaître dans l'entrée de l'hôtel
-Toc toc. C' est moi Abdennour !
-Oui oui, c'est le cheitan[4] en personne qui t'envoie me casser les pieds à cette heure? 
 -Oui oui c'est ça salade de loukoum (Salam alekoum) t'es tombé du lit ou on t'a viré de ton gourbi
 -Non pas du tout Mr Merzak
 -Alors pourquoi tu viens me polir le chinois à 7:00 du matin ?
- c'est à dire Mr Merzak que j'ai ma femme qui m'a téléphoner et que je dois repartir pour la casbah fissa
-Mais il n'est pas beau lui, je t'ai acheté pour la semaine, il n'est pas question que tu te casses avant , je vais te filer une trèha[5] , tu vas goûter à l'ahsa[6] ! Ni une ni deux joignant le geste à la parole, ma main droite vole sur sa joue en même temps que mon pied se dirige vivement en direction de (je ne peux pas le dire il y a une jeune fille) en tout cas le shoot fut digne d'une reprise de volley  de Michel Platini ( pour les plus jeune un ancien Zinedine Zidane) à tel point que ma babouche en disparut . Il doit être eunuque le zèbre même pas il bouge  , même pas il bouge façon de parler, juste la tête ( mais à la vitesse de la gazelle qui vient de croiser le regard d'un lion qui l'envisage comme son prochain repas) bon bref juste la tête d'arrière en avant, comme ça, ça ne dit rien c'est sûr, d'arrière en avant,  juste un petit détail qui a son importance. En avant de sa tête , il y a la mienne, Abdennour est plus petit que moi donc pour une meilleure compréhension l
(l'Arziz[7]  il a le front au niveau de mes dents) maintenant, j'en reviens à ce mouvement d'arrière en avant qui finit dans mes dents!
Cette enflure vient de me défoncer la gueule en un seul coup de tête je recule et m'entrave dans le fauteuil de l'entrée , qui lui, statique lourd , dur et immobile en profite à son tour pour me martyriser l'arrière de crâne ,zob[8] ! Ça calme!
Abdennour je le sens bien est un tout petit peu énervé, j aurai peut être pas dû lui parler comma ça à ce chaoui[9] des montagnes ?
Il est vraiment  véner, je me contente de le voir fondre sur moi comme la vérole sur le bas clergé (lui par contre il devait être avant- centre au foot parce que là j´ai du mal à reprendre avec humour ma respiration) je suis plié comme un cartable sur le tapis berbère, il en profite pour me virer un coup de pompe dans l'estomac ( franchement il est véner l'arziz) j'ai toute la voie lactée qui défile sous mes yeux. Sans un gramme d'air dans les poumons, je me redresse sur un coude et de la main gauche le majeur tendu je lui fais un joli sourire édenté.
C'est peut être là que j'ai fini de l'énerver Abdennour. Il se retourne vers moi, dans sa main il a une bouteille de gin, son corps se vrille, la bouteille ce cache derrière lui puis comme un moteur à élastique de nouveau son corps entame un mouvement de rotation inverse
(bon vous avez compris ou il vous faut un dessin ?)
Je reprends donc, son corps entame une rotation rapide et accélérée ce qui a pour effet :
1.     en tournant son bras prolongeant la rotation de son corps (voir force centrifuge)
2.    vue que le dite force centrifuge augmente le poids de la bouteille , elle même dans sa main au bout de son bras
3.    résultat la bouteille de trois tonnes cinq cent rencontre mon crâne à la vitesse de la lumière .
 Ah, oui à ce propos pour moi stop la lumière !



[1] . Dinar algérien
[2] s'il te plaît
[3] imbécile
[4] Satan, diable.
[5] raclée, correction.
[6] racine de matraque.
[7] mon chéri
[8] bite
[9] nomade



Aoussin Ben Alli( Baba).

Aoussin est arrivé tard ce lundi soir à In Salah. Onze heures de voiture non stop depuis Alger. Aou est un homme dans la cinquantaine, plutôt rond, voir même très rond. Costume éliminé gris, qui n'a plus de forme, incapable de fermer sur son ventre, chemise qui fut blanche un jour, trempée de transpiration, cravate noire pas bien nouée ,chaussures en cuir noir avec de petits lacets très fins et courts.
Aou arbore une petit moustache fournie et noire comme ses cheveux .
Il fait encore 35° ce soir à In Salah. La voiture est arrêtée devant l'entrée de l'hôtel Tidikelt le moteur au ralenti, les fenêtres fermées, la clim à fond .
Aou a passé onze heures dans cette voiture , mais pas le moment d'en sortir , juste descendre la température qui lui pèse .
Aou est assis sur le siège arrière, en plein centre, les jambes écartées le plus possible, allongées, les mains posées sur la banquette de chaque côté de son corps .Il est seul maintenant dans la voiture .Aou s'est débarrassé du chauffeur à qui il a demandé de porter sa valise dans la chambre, qui lui a été réservée depuis Alger. Dans ce calme ronronnement ventilé, Aou parcourt mentalement les dernières vingt-quatre heures :  Alger, commissariat central troisième étage, bureau du commissaire Aoussin Ben Alli Baba . Aou est calé dans son fauteuil sous la clim , il parcourt d'un œil distrait le journal "Alger matin" .
Aou n'est pas un violent, commissaire, certes  mais à l'usure ...
Il a monté tous les grades sans jamais faire de vagues et encore moins d'exploits voire même en usant de petites lâchetés laissant les autres porter la chapeau .
Aou est dans son bureau tranquille jusqu'au coup de téléphone qui va provoquer ce déplacement.
Une boîte venait d'arriver par porteur sur le bureau du commissaire principal de la place, son chef.
Une boîte anonyme, mais contenant plusieurs pièces troublantes qui sans la nommer désignaient une personne particulière, au mode de vie sulfureux...
Dans cette boîte quatre titres de films du même réalisateur, des morceaux de verre , un gravier, un billet de monnaie étrangère qui laisse à penser à des dessous de table, et surtout douze photos dont une coupée en deux. Un rapide examen des douze visages mit en lumière que onze d'entre elles étaient porté disparues. Toutes les personnes sur les photos avaient un rapport avec les films . Pour la douzième photo coupée en deux, elle correspondait à un jeune connu des services de police qui habitait Alger, et dont l'épouse est sans nouvelles. A cette heure ce qui inquiète le chef, Commissaire Principal, c'est la disparition du cinéaste Merzak Allouach, et Abdenour étant son chauffeur.
 Ils sont partis tous les deux à In Salah faire des repérages .

Aou se revoie traînant les chaussures pour se rendre dans le bureau du chef.

Puis retour à son appartement dans le bas de la rue Jean-Jacques Rousseau,  petite valise en faux cuir, deux chemises, un caleçon ...
Douche froide pas d'eau chaude dans son  appartement, puis couché seul, de très bonne heure . Départ 6:00, (Inch Allah).

Aou rouvre les yeux le chauffeur est devant la porte de la voiture
 -vous avez la chambre 12, mitoyenne à celle de Merzak Allouach.
 Le concierge ne l'a pas vu  depuis avant hier soir, si vous voulez bien venir Mr le commissaire .
Aou se penche sur la banquette , ouvre la porte, l'air chaud lui saute au visage, il glisse  sur le Skaï, met un pied au sol et dans un effort accompagné de gémissements s'extirpe de la voiture et entame la traversée de la cour de l'hôtel d'un pas mou, lent et traînant .


L'enquête.

Dans l'hôtel
-Chambre 12 merci !
-La clim est en marche ?
-Bien sûr Monsieur le Commissaire.
-Faites moi monter à manger et des bières !
-Bien sûr Monsieur le Commissaire.
-Tant que je vous ai sous la main, dites moi, Merzak Allouach, vous l'avez vu quand la dernière fois ?
-Avant-hier soir Monsieur le Commissaire, par conte j’ai croisé son chauffeur hier matin de bonne heure.
-Ok ,vous avez un passe alors, quand vous viendrez me porter les bières ne l’oubliez pas.
-Bien sûr, Monsieur le Commissaire.
Quelle chaleur ! Chambre 12... voilà ,c’est là ok, ce n’est pas tout ça mais il fait faim, qu’est qu’il fout avec les bières ? Et cette clim elle fait plus de bruit que de froid ...
On toque à la porte 
Monsieur le Commissaire , quelques gâteaux , des dattes pour patienter le temps que les cuisines vous préparent un repas.
-Et les bières ?
-Bien sûr Monsieur le Commissaire, elles sont dans le sac, elles sont bien fraîches Monsieur le Commissaire.
- Donnes-les, et le passe?
-Le voilà, Monsieur le Commissaire.
-C’est bien et reviens dès que la bouffe est prête !
Loukoums et bières... il y a mieux.
Sachet de gâteaux et bières dans une main , le passe dans l’autre, me voilà ouvrant la porte de la chambre de M .Allouach du bout du pied je pousse la porte, en prenant bien soin de rester sur le seuil, je cherche l’interrupteur le long du mur côté droit de la porte, comme dans ma chambre.
Je procède par ordre: au sol quelques morceaux de verre, pas beaucoup juste cinq ou six morceaux dont un plus grand couvert de brun, ça c’est du sang !
 Je sors un mouchoir en papier de ma poche de veste, ramasse le petit verre avec, le plie et le range dans ma poche, à l’occasion je le ferai analyser. C’est le même verre qui était dans la petite boite de 10x10 sur le bureau du chef...
Maintenant j’avance d’un pas, je suis presque au milieu de l’entrée. Sur la gauche de la porte une babouche seule, encore un pas, je repousse la porte et pose ma canette vide sur la table basse, engloutis un gâteau et décapsule une autre bière. Au sol ,deux traces parallèles qui partent de l’entrée en direction de la fenêtre. Bon, je les vois très bien ,pas besoin de me baisser ! Rien de particulier d’autre. J’avance dans le sillage des traces vers la fenêtre grande ouverte, c’est pour ça qu’il fait une chaleur à crever dans cette chambre, je finis le dernier biscuit, j’ai oublié de lui dire de monter du vin avec le repas !
Petit examen de la fenêtre, du gravier,  une trace brune... du sang ! Des cheveux collés  sur le bois, je me penche à la fenêtre et observe le sol  en dessous, les plantes sont écrasées comme si on avait balancé un gros sac dessus, je me retourne face au lit sur la table de chevet un portefeuille le passeport de Allouach, une montre Rolex, une liasse de billets.
C’est bon, j’en ai assez vu pour ce soir .Je referme la porte et retourne dans ma chambre. Le repas est servi sur la table face a la fenêtre, il a dû lire dans mes pensées ,deux bouteilles de Sidi Brahim sont posées avec.
A mon avis M. Allouach, s’est fait dégommer par son chauffeur et si ce n’est pas le cas ?
De toute façon ce n’est surtout pas moi qui vais arrêter quelqu’un . Allouach, est le fils tordu d’une grande famille Algéroise proche du Président, généreux donateur pour toutes les bonnes œuvres, spécialement celles de la police.
Demain, je ferai laver la chambre après avoir fait disparaitre les affaires qui y  trainent.
Il est bon ce vin !
Puis je téléphonerai au chef et lui dirai « il n’y a rien ici" et qu’ils ont quitté l’hôtel hier sans dire où ils allaient, que la boite doit être une mauvaise plaisanterie ou l'œuvre de déstabilisateurs  qui veulent mettre le désordre là ou il y en a pas .
Elle est bonne cette viande !

 Aoussin Ben Alli( Baba).

Aoussin est arrivé tard ce lundi soir à In Salah. Onze heures de voiture non stop depuis Alger. Aou est un homme dans la cinquantaine, plutôt rond, voir même très rond. Costume éliminé gris, qui n'a plus de forme, incapable de fermer sur son ventre, chemise qui fut blanche un jour, trempée de transpiration, cravate noire pas bien nouée ,chaussures en cuir noir avec de petits lacets très fins et courts.
Aou arbore une petit moustache fournie et noire comme ses cheveux .
Il fait encore 35° ce soir à In Salah. La voiture est arrêtée devant l'entrée de l'hôtel Tidikelt le moteur au ralenti, les fenêtres fermées, la clim à fond .
Aou a passé onze heures dans cette voiture , mais pas le moment d'en sortir , juste descendre la température qui lui pèse .
Aou est assis sur le siège arrière, en plein centre, les jambes écartées le plus possible, allongées, les mains posées sur la banquette de chaque côté de son corps .Il est seul maintenant dans la voiture .Aou s'est débarrassé du chauffeur à qui il a demandé de porter sa valise dans la chambre, qui lui a été réservée depuis Alger. Dans ce calme ronronnement ventilé, Aou parcourt mentalement les dernières vingt-quatre heures :  Alger, commissariat central troisième étage, bureau du commissaire Aoussin Ben Alli Baba . Aou est calé dans son fauteuil sous la clim , il parcourt d'un œil distrait le journal "Alger matin" .
Aou n'est pas un violent, commissaire, certes  mais à l'usure ...
Il a monté tous les grades sans jamais faire de vagues et encore moins d'exploits voire même en usant de petites lâchetés laissant les autres porter la chapeau .
Aou est dans son bureau tranquille jusqu'au coup de téléphone qui va provoquer ce déplacement.
Une boîte venait d'arriver par porteur sur le bureau du commissaire principal de la place, son chef.
Une boîte anonyme, mais contenant plusieurs pièces troublantes qui sans la nommer désignaient une personne particulière, au mode de vie sulfureux...
Dans cette boîte quatre titres de films du même réalisateur, des morceaux de verre , un gravier, un billet de monnaie étrangère qui laisse à penser à des dessous de table, et surtout douze photos dont une coupée en deux. Un rapide examen des douze visages mit en lumière que onze d'entre elles étaient porté disparues. Toutes les personnes sur les photos avaient un rapport avec les films . Pour la douzième photo coupée en deux, elle correspondait à un jeune connu des services de police qui habitait Alger, et dont l'épouse est sans nouvelles. A cette heure ce qui inquiète le chef, Commissaire Principal, c'est la disparition du cinéaste Merzak Allouach, et Abdenour étant son chauffeur.
 Ils sont partis tous les deux à In Salah faire des repérages .

Aou se revoie traînant les chaussures pour se rendre dans le bureau du chef.

Puis retour à son appartement dans le bas de la rue Jean-Jacques Rousseau,  petite valise en faux cuir, deux chemises, un caleçon ...
Douche froide pas d'eau chaude dans son  appartement, puis couché seul, de très bonne heure . Départ 6:00, (Inch Allah).

Aou rouvre les yeux le chauffeur est devant la porte de la voiture
 -vous avez la chambre 12, mitoyenne à celle de Merzak Allouach.
 Le concierge ne l'a pas vu  depuis avant hier soir, si vous voulez bien venir Mr le commissaire .
Aou se penche sur la banquette , ouvre la porte, l'air chaud lui saute au visage, il glisse  sur le Skaï, met un pied au sol et dans un effort accompagné de gémissements s'extirpe de la voiture et entame la traversée de la cour de l'hôtel d'un pas mou, lent et traînant .

L'enquête.

Dans l'hôtel
-Chambre 12 merci !
-La clim est en marche ?
-Bien sûr Monsieur le Commissaire.
-Faites moi monter à manger et des bières !
-Bien sûr Monsieur le Commissaire.
-Tant que je vous ai sous la main, dites moi, Merzak Allouach, vous l'avez vu quand la dernière fois ?
-Avant-hier soir Monsieur le Commissaire, par conte j’ai croisé son chauffeur hier matin de bonne heure.
-Ok ,vous avez un passe alors, quand vous viendrez me porter les bières ne l’oubliez pas.
-Bien sûr, Monsieur le Commissaire.
Quelle chaleur ! Chambre 12... voilà ,c’est là ok, ce n’est pas tout ça mais il fait faim, qu’est qu’il fout avec les bières ? Et cette clim elle fait plus de bruit que de froid ...
On toque à la porte 
Monsieur le Commissaire , quelques gâteaux , des dattes pour patienter le temps que les cuisines vous préparent un repas.
-Et les bières ?
-Bien sûr Monsieur le Commissaire, elles sont dans le sac, elles sont bien fraîches Monsieur le Commissaire.
- Donnes-les, et le passe?
-Le voilà, Monsieur le Commissaire.
-C’est bien et reviens dès que la bouffe est prête !
Loukoums et bières... il y a mieux.
Sachet de gâteaux et bières dans une main , le passe dans l’autre, me voilà ouvrant la porte de la chambre de M .Allouach du bout du pied je pousse la porte, en prenant bien soin de rester sur le seuil, je cherche l’interrupteur le long du mur côté droit de la porte, comme dans ma chambre.
Je procède par ordre: au sol quelques morceaux de verre, pas beaucoup juste cinq ou six morceaux dont un plus grand couvert de brun, ça c’est du sang !
 Je sors un mouchoir en papier de ma poche de veste, ramasse le petit verre avec, le plie et le range dans ma poche, à l’occasion je le ferai analyser. C’est le même verre qui était dans la petite boite de 10x10 sur le bureau du chef...
Maintenant j’avance d’un pas, je suis presque au milieu de l’entrée. Sur la gauche de la porte une babouche seule, encore un pas, je repousse la porte et pose ma canette vide sur la table basse, engloutis un gâteau et décapsule une autre bière. Au sol ,deux traces parallèles qui partent de l’entrée en direction de la fenêtre. Bon, je les vois très bien ,pas besoin de me baisser ! Rien de particulier d’autre. J’avance dans le sillage des traces vers la fenêtre grande ouverte, c’est pour ça qu’il fait une chaleur à crever dans cette chambre, je finis le dernier biscuit, j’ai oublié de lui dire de monter du vin avec le repas !
Petit examen de la fenêtre, du gravier,  une trace brune... du sang ! Des cheveux collés  sur le bois, je me penche à la fenêtre et observe le sol  en dessous, les plantes sont écrasées comme si on avait balancé un gros sac dessus, je me retourne face au lit sur la table de chevet un portefeuille le passeport de Allouach, une montre Rolex, une liasse de billets.
C’est bon, j’en ai assez vu pour ce soir .Je referme la porte et retourne dans ma chambre. Le repas est servi sur la table face a la fenêtre, il a dû lire dans mes pensées ,deux bouteilles de Sidi Brahim sont posées avec.
A mon avis M. Allouach, s’est fait dégommer par son chauffeur et si ce n’est pas le cas ?
De toute façon ce n’est surtout pas moi qui vais arrêter quelqu’un . Allouach, est le fils tordu d’une grande famille Algéroise proche du Président, généreux donateur pour toutes les bonnes œuvres, spécialement celles de la police.
Demain, je ferai laver la chambre après avoir fait disparaitre les affaires qui y  trainent.
Il est bon ce vin !
Puis je téléphonerai au chef et lui dirai « il n’y a rien ici" et qu’ils ont quitté l’hôtel hier sans dire où ils allaient, que la boite doit être une mauvaise plaisanterie ou l'œuvre de déstabilisateurs  qui veulent mettre le désordre là ou il y en a pas .
Elle est bonne cette viande !





Inuit à Orebrö

Une chambre à Örebro.
Par la fenêtre.
Le château est là, au loin, une lumière pâle froide descend sur les douves et les nénuphars sont comme figés sur cette lagune cristallisée. La magistrale façade de pierre debout depuis le XIIIe siècle impose sa rigueur et même le soleil rival des féroces nuages en épais tapis aérien n'aura pas raison des splendeurs ocres  du minéral. Tout est éteint les verts sont drus.
En bas dans les bruits étouffés de la ville des acteurs en costume d'époque qui officient pour le tourisme sortent du monument. C'est l'heure de plus rien. Le milieu de l'après-midi  sans aucun signe tangible. Le temps suspendu, ni vraiment soir ni plus matin. La nature brouille les pistes.
Des étudiants à vélos défilent sur les pistes cyclables, le sac accroché au porte-bagages, ils croisent allègrement les joggers athlétiques, corps fuselés, muscles affermis sous des fuseaux fluorescents terminés par des baskets high-tech.
Feu rouge. Feu vert.
Les réverbères sommeillent en attendant le soir. Pas un oiseau, pas une zébrure dans le ciel diaphane qui étouffe jusqu'au bruit des moteurs. Un décor romantique.
 Hôtel Behrn. Suite confort. Alexandra Pascalidou, la célèbre journaliste suédoise, s'enfuit dans les limbes improbables de princesses oubliées. Elle allume une cigarette et souffle une  fumée dense qui écrit des volutes dans le froid humide du dehors. Elle regarde cette nuée de tabac qui se fige en devenant colonne. Elle écrase le mégot sur le béton glacial et referme la fenêtre de bois. Arrachée de la surface râpeuse du chambranle, une écharde transperce son doigt. Elle aspire sa goutte de sang et serre les dents en un rictus qui grince. Elle a peur. Machinalement, elle s'arrache quelques cils, un geste revenu de l'enfance...
Plus de bruit, autre que la tuyauterie d'une chasse d'eau dans une chambre plus haut. Dedans tout est en bois, du pin rouge, des bougies vierges. Le lit sobre gravé de motifs en sapin, en croix. Le plaid rouge oublié sur le fauteuil club, seul en cuir, l'appelle . Elle allume la lampe basse et fourre ses pieds gelés dans le plaid polaire comme on ferait d'une écharpe. Elle verse de la bouilloire une eau qui gargouille sur l'infusette de plantes, elle ajoute une cuillerée de miel et une grosse rasade d'aquavit.
Elle contemple le bijou serti de diamants, la rivière  scintillante, vestige  des splendeurs ancestrales, le faste de princes déchus aux palais helléniques. Elle manipule le joyau froid jusqu'à le confondre à la température de son corps. Elle installe un paquet de crackers dans une soucoupe et place sous ses pieds la carpette en fourrure de phoque. Les murs sont rouges et crème et les rideaux de dentelle frêle tirés effacent les contours du dehors. Elle ajoute une deuxième tasse près des biscuits. Elle l'attend. Un chant étrange arrive par-delà la cloison.
Kväll
 L'ombre du kväll (soir) nimbe les contreforts d'Örebro. Maxime Schmäck s'est introduit dans l'hôtel Behrn par une porte dérobée ouvrant sur les cuisines. Une mouche le suit. Les couloirs ensevelis sur des moquettes profondes étouffent ses pas. Aux abords de la mynt vätt (laverie automatique) le cliquetis des machines, tambours à l'essorage avalent les spasmes de sa déglutition.
La porte de la chambre a cédé sans résistance, le minuscule gong du ressort à la poignée de cuivre fait sursauter Alexandra. Elle est là, les yeux écarquillés dans la pénombre, son visage ébloui par intermittence par les néons du nattklub Blue sur le trottoir plus bas. Ses yeux n'ont plus de cils.
Maxim Schmäck déroule ses pas comme du feutre sur le parquet. Il glisse, le cuir de la lanière de renne serrée dans la paume de sa main, lui inscrit des zébrures en pleine chair. Les aspérités de l'étain tressé cousu sur la lanière l'électrise. Il a suivi sa proie, patient depuis leur première rencontre dans ce naturist camping. Il glisse dans un souffle derrière elle comme quand il était enfant. Il savait alors se mettre dans la parenthèse d'un recoin du kata (sorte de tipi inuit) sourd aux gémissements haletants de ses parents affairés sous les peaux.
La honte depuis longtemps a déserté son âme.
Tapis, dans ses limbes  d'aquavit, il inhale par gouttes silencieuses le peu d'air qui suffit à sa volonté. Le klocktorn (clocher) d'Örebro sonne le quart. Un crépitement cristallin. Maxime se fredonne une  berceuse, archaïque yoik qui l' assaille, arquant son courage comme on ferait d'une arme. La lanière de cuir est maintenant tendue entre ses deux mains.
Alexandra esquisse un geste comme un soupir. La mouche cogne contre la vitre . La femme devine alors dans le clair-obscur de la chambre une ombre, moitié homme, moitié tomte (gnome) funeste. Elle surgit par derrière , enserrant son cou.
Pas un râle, plus un air, tout est adouci et broyé de ce qu'auraient pu être ses mots , ses cris, pas le moindre appel au secours. La mouche cogne.
Ses doigts se détendent ,gestes dilatés de son corps, comme si elle s'endormait, poupée molle, chiffon de coton lourd, elle descend doucement, posée entière sur l'accoudoir.
10 000 kronors (couronnes suédoises), les diamants du bracelet étincellent au fur et à  mesure que ses doigts s'ouvrent et que la rivière se déverse sur le parquet de pin.
Frédérique Vatanen.
De retour de son footing matinal, Frédérique allume sa première Marlboro. Elle presse les cinq oranges  nécessaire qui la propulsent jusqu'à quinze heures à toutes jambes.
Elle enclenche le ON du transistor. La revue de presse, les paradis fiscaux, les bouchons à l'entrée de Örebro et le chiffre des chômeurs qui enfle.
Le presse de fruits a lui aussi des ratés. Trop vieux. Trop tôt.
L'inspecteur Frédérique Vatanen se libère de ses vêtements. La brassière en élasthane a meurtri sa poitrine décidément trop plate. Dans le miroir de la salle de bains elle observe le galbe de son dos et ses muscles fuselés de grimpeuse.
Elle rêve de roche  au soleil, vertigineuse.
Le jet de la douche brûlante éveille ses sommeils d'enfants avortés.
Elle opère un cent quatre-vingts sur le bouton bleu. Friction, eau glaciale, peau étourdie. Le monde n'attend plus. Elle se serre dans une éponge rêche et secoue ses cheveux fins blonds qui dégoulinent sur ses épaules.
Elle consume la deuxième cigarette. Le jean puis tricot en coton et  sweat chaud. Dehors, le jour ne se lèvera pas. La sonnerie du portable domine les halètements du transistor. Un numéro inconnu.
-Un paquet en bas pour vous.
-Un paquet ?
-Oui en bas
-Pour moi ?
La voix blanche à coupé.
Fred enfile ses tongs. Elle glisse son arme dans le holster sous son T-shirt à même la peau. L'acier froid l'excite. Un frisson qui fait frémir ses seins  jusqu'à la douleur. Toujours le même voyage. Speed.
Elle roule dans l'escalier, guettant à chaque palier les ombres, les mouvements  de l'air.
Elle grince des dents.  Sale manie. Un fennec, une hyène, elle se sent hyène, regard oblique.
Elle fonce, enfin on croit qu'elle fonce. Ça en a tout l'air. Trois étages, du vide et des gargouillis d'ascenseur.
Il y a, elle, le béton froid et l'ombre dans la cage d'escalier, des volutes de poussière qu'elle salue de bon matin, bien le bonjour les moutons.
Dans le hall en bas, personne. Dans le casier à courrier désigné Vatanen, c'est là, le paquet, plutôt une boîte 10 par 10. Qui la ferment, deux scotch verts, deux scotch rouges. Plus un bruit et dehors la nuit presque pas, et le jour jamais plus.
Elle flaire. Hyène sans meute , elle tournoie et attrape la boite. Elle pousse la porte coupe-feu vers l'ombre et les escaliers. Elle ouvrira là-haut. Le paquet, la boîte, du balsa, légère.
Son arme est chaude maintenant qui titille son aisselle. Tout peut arriver. Rien ne peut arriver. Elle sait ça. Elle sent . C'est le matin d'une nouvelle proie. Un matin vide qui monte ou  qui tombe. La troisième cigarette a ce parfum amer des débuts. Elle pousse la porte et retrouve le vide de l'intérieur dans son appartement. Elle est assise à même le plancher et la boîte plate est là entre ses doigts robustes, anguleux, des doigts de femme fauve.
Le vibreur du portable. Fred  soulève son corps animal. Un trombone aiguisé gisant sur le parquet écorche un morceau de chair  sur sa cuisse. Le goût acre du sang éveille un rictus de plaisir. À l'autre bout, son chef. Le vieux lion.
-Du taff pour toi, une journaliste, refroidie, trouvée ce matin dans sa chambre d'hôtel.
-Identifiée ?
-Alexandra Pascalidou
Fred se raidit à ce nom qui sonne comme un glas.
-Tu files à l'hôtel Behrn, on a des hommes sur place, mort par strangulation, ça remonte à hier soir. On se tient au jus. Tout l'air d'un crime crapuleux : vol de bijoux…
-OK ! On se tient...
Fred regarde la boîte, là, entre ses jambes, elle enfile des gants de latex et soulève le couvercle scellé. Neuf compartiments. Ses yeux balaient les éléments. Des photos, elle reconnaît des visages. Un billet de 200 Ariary. C'était  là-bas, ses dernières vacances à Madagascar. Le club de grimpe, le camping naturiste, la roche volcanique.
L'arme sur sa peau redevient froide elle sent sa sueur qui ruisselle au creux des omoplates. Cette gorge de chair, sèche comme la roche.
Les visages de femmes sur les photos. Clara, Ingrid, Zakia , Claire et Marie. Cette nuit tropicale, la plage, le feu, l'alcool brûlant, la fièvre des corps et des bouches.
Alexandra Pascalidou mène la danse et Marie tournoie. Les hommes empêchés au bord des braises, leurs regards comme des lances  qui épient sans toucher, interdits…
La photo coupée en deux, c'est lui, Maxim Schmäck.
Et  Marie nue, repue de chair et de creux et de pleins. Et les mains qui la heurtent, la frôlent et la suivent, toutes ces mains  de femmes qui palpitent  dans la transe de la drogue et des joies crues  sous la lune pleine…
Fred enfile  son blouson et visse son bonnet sur ses cheveux humides.
Hôtel Behrn, six heures  du mat, les lumières de la ville ne s'éteignent  plus. Les phares écrivent des obliques. Elle touche la boîte dans sa poche. Elle avale les marches quatre à quatre. Pénétrer dans l'hôtel par les coursives , frôler les moquettes, toucher les linos, inspecter les aciers froids des cuisine. Elle refait sans le savoir le chemin du meurtrier. Elle sait au fond. Elle sent avec ses mains de hyène.
Alexandra Pascalidou, la virtuose des ethnies sauvages, la perverse des contrées perdues. Son dernier papier à scandale sur l'Allali, ce village de femmes au cœur de l'impénétrable forêt des Grandes Epines, en Afrique.
Alexandra vissée sur le socle de la gloire avec sa verve hérissée et ses articles  toujours à la une.
Fred pousse la porte de la chambre. Sur les lattes,  éclats de miroir brisé. De ceux -ci même qui demeurent dans la boîte au fond de sa poche. Présage de mort. Une mouche morte. La théière, la tasse, un demi sucre, l'autre moitié elle l'a vue, dans la boîte...
 Le cadavre est posé, replié, contre le fauteuil club en cuir. Fred soulève la tête affaissée, le visage exsangue. Les yeux n'ont plus de cils.
Alors le feu s'allume à ses tempes. Le feu revient de cette nuit de transe, de sexe, de femmes sur la plage. Marie qui danse nue et son homme sans parole qui attend, Fred voit ses yeux empourprés d'alcool, pupilles blanches de haine sous l'astre plein.
Maxim Schmäck.
Elle mâche et remâche le nom.
Elle tournoie autour de la proie. Hyène fétide. Crime passionnel déguisé en crime crapuleux. Le mobile du vol  mascarade en quadrille sur les flonflons d'une boîte à musique. Foutaise. Maxim Schmäck lui a livré les indices comme  signature de son œuvre. Vengeance de l'homme pitoyable. Sa petite poupée qui danse avec le feu. Punie et  vengée.
Alexandra Pascalidou, reine déchue de la meute de hyènes, avachie sur l'accoudoir, parée d'un collier inuit, gage de son ultime voyage.
Fred ramasse sur le parquet une pierre qui scintille. Un diamant échappé de la rivière.
 Crime crapuleux, c'est ça, mobile : le vol.
Fred se terre dans le silence. Au fond de sa poche elle caresse le bois blanc de la petite boîte de pandore. Elle en écrit les contours comme on ferait d'une histoire belle et triste et finie, de ses doigts anguleux de femme fauve.
Allez, une dernière cigarette à la gloire des femmes et du feu.

 Dehors le clocher du château de Örebro sonne l'hallali..

mercredi 13 novembre 2013

Quatre débris de miroir...

Quatre débris de miroir...Un miroir du passé, du présent ou du futur. Ça personne ne le sait, ni ne le saura jamais... Quatre débris de miroir qui se sont brisés un certain jour, à un certain moment, à une certaine heure, pour une certaine raison, à cause d'une certaine chose. Quatre débris de miroir qui se sont brisés à la vue d'une certaine chose ou d'une certaine personne. Quatre débris de miroir, qui un jour vont peut-être vont encore se briser, un certain jour, à une certaine heure, à la vue d'une certaine chose, à cause d'une certaine personne. Personne ne sait, personne ne saura jamais rien. Pourquoi ces quatre débris de miroir se sont-ils brisés ce certain jour, à ce certain moment, à cette certaine heure, à cause de cette certaine chose ou de cette certaine personne, pour cette certaine raison ?
Eh bien, votre imagination pourra me dire la réponse !

Christina

lundi 11 novembre 2013

Monsieur, madame, mademoiselle,
Suite à votre incompréhension manifeste, je suis dans l'obligation de reprendre ma plume pour vous signaler encore une anomalie dans mon adresse. Tout d'abord je ne sais pas comment débuter cette lettre mais pourquoi me casser la tête, je fais comme vous , un tir groupé et vous retiendrez ce que vous voudrez, et pourquoi pas le masculin de mademoiselle, damoiseau par exemple, mais ce n'est pas le sujet du moment. Ce courrier me concerne directement car non seulement je suis pour vous le client  n° 332566 B/bet, enregistré sous la référence Petit/49VIEIL, identité que j'ignorais mais voilà que je ne vais plus savoir où je loge. Je vous écris en effet pour la enième fois afin de vous signaler mon changement d'adresse, adresse qui parait simple , un nom et un numéro de rue, un numéro d'appartement, un nom d'immeuble un code postal et une ville. Mais oui, il y a une modification de nom me direz vous, pas tout à fait il faut simplement écrire madame et non plus monsieur et madame, il est vrai qu'il faut différencier, pas le même dossier. Pour camoufler votre incompétence, vous me demandez un justificatif de domicile et voilà que çà se complique, le justificatif, je ne peux l'avoir que par informatique, l'informatique, c'est elle la cause de tous nos maux! Sauf  quand il s'agit de multiplier les chiffres à votre profit celà va s'en dire. Si je vous demandais de retenir de mon adresse:280-226-13008, vous n'auriez aucun soucis, les multiplications, les additions illumineraient vos méninges, le jackpot!! Les soustractions seraient pour moi bien évidemment, avec un petit négatif pour appliquer des agios, c'est pas beau ça chère madame. Tiens , vous avez retenu, vous m'appelez madame, je vous précise que c'est la même chose pour l'adresse:madame.
Mais revenons au justificatif. Après multiples clics, il sort de la machine, tout va se règler et là stupeur, sur le précieux papier les adresses sont mélangées, j'habite selon lui le domaine de l'Arbois ,Appt 226, Marseille sauf que le domaine de l'Arbois est à Calas et qu'il s'agit d'un pavillon.
Je récapitule, je suis le client n°332566B/bet, réf. Petit/49VIEIL habitant l'appartement 226 d'un pavillon comportant quatre pièces situé au 2ième étage d'un immeuble à Marseille Calas.
Qui suis je? Où j'habite?
C'était si simple avant, un employé derrière un guichet notait de sa belle écriture: Madame Bailly demeurant au....et le facteur trouvait ma porte, me saluait et je lisais:"ma chère Huguette..."
Maintenant , on va plus vite, on économise du personnel, pas si sûre, devant tant d'incompréhension il sera bon d'embaucher un traducteur ou bien on naviguera dans ce monde ubuesque où personne est personne et vit dans un lieu improbable.
Question de génération? Au fait , quel âge avez vous sans être indiscrète? Le problème se situe sans doute dans l'échelle du temps. Espace-temps. Où vais je? Restons en là, toutefois si ce sujet vous intéresse, vous pouvez m'écrire à ma nouvelle adresse:
Madame Bailly huguette....
Un conseil, notez la à la plume sur un carnet s'il vous plait
Dans l'attente d'une mise à jour de mon dossier, recevez, Monsieur, Madame, Mademoiselle, Damoiseau ( au choix) mes salutations distinguées.