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mardi 17 décembre 2013

L'aveu


Amour te souviens-tu de cette belle nuit d’été
Tu m’avais dit « ce soir, nous nous enivrerons »
A la chaleur si douce, tu avais ajouté
Un anneau de Moebius, un peu d’éternité
Le rosé était frais, et nous nous enivrons
Les étoiles palpitent, sourient, attendent
Quelques lignes d’un livre que tu m’avais donné
Et qui disaient l’histoire d’eux qui se sont aimés
Pourtant, tu es parti mais là au bout des doigts
La chaleur de ta nuque s’attarde au creux de moi
L’anneau de Moebius jaune pissenlit et blanc
Est toujours dans mon sac pour un prochain tourment
Car, sans te l’avouer, je me l’étais promis
Si je me réveillais, un soir, nous rejouerions
Nos mains cherchant les mots, nos peaux la mélodie
Nous trouverions la note bleue, l’accord parfait
Avec toi seul l’instant a goût d’éternité
Mais souvent, aujourd’hui, épuisée, en silence
Je caresse l’enfant de cet instant magique
Enfant qui ne fut pas et ne sera jamais
Il est joli et frais, à l’abri du tragique
Un fruit acide et doux du destin capricieux
Qui a dit : «  jamais plus » et qui sourit : « trop tard »
Pour la rime à l’aveu j’ajoute : « désespoir »


mercredi 20 novembre 2013

Dans ma rue

Dans ma rue d’abord il y a un mur
Tu vois c’est mal parti
C’est comme qui dirait fini
Parce que ma rue, c’est une impasse

Dans ma rue il y a des voitures
Bien rangées, bien serrées
Il y a aussi des chats
Et pour eux, des oiseaux

Dans ma rue y a la nature
Qui crève le bitume
Le jaune obstiné du pissenlit
Au printemps le rose, le jaune, le pourpre
Des mufliers rescapés
En automne, aujourd’hui, le parfum sucré du nèflier

Dans ma rue il y a aussi un cyprès
Pour mon chat écureuil
Et puis pour dire le printemps
Il y a même un amandier
Qui sème au vent ses papillons blancs

Dans ma rue il y a une fille
Qui fume seule à son balcon
En regardant sa rue
Et puis il y a un chien
Qui  tient en laisse mon voisin

Dans ma rue y a pas d’enfants
Y a pas beaucoup de gens
Normal
Ma rue c’est une impasse
Qui a envie de se prendre un mur ?

Dans ma rue
Qui n’est pas ma rue
Il y a aussi une porte
Quand vous viendrez
Vous n’aurez qu’à sonner

Parce que c'est un homme

Il aura fallu ce 11 novembre 2013 pour que me revienne le souvenir de toi.
Je l’ai pourtant bien connu. Il était cet homme de peu de mots,  cet homme si effacé, qui tenait si peu de place que sa vie n’a presque pas laissé de trace.
Le 11 novembre 1918 il devait avoir 20 ans et il avait survécu. Il avait pu connaître la fin du massacre. Pas de gloire pour les survivants.
Moi, je me souviens de ce jour au cœur de l’hiver 1917. Le ciel est bas, le froid impitoyable. Aucun oiseau ne chante plus. Il sort de la tranchée tout habillé de boue et de vermine. C’est son tour. Il doit aller chercher de l’eau vingt mètres plus loin. Vingt mètres de terreur, de boue, de sang c’est très loin. Des racines serrent ses godillots béants, la peur lui tord le ventre, ses bidons vides sont lourds. Enfin voilà le chant de l’eau qui court. Bientôt il y sera à cette source d’eau miraculeusement claire et vive à l’orée de cette forêt nue. A la source il a vu une silhouette. A la forme du casque il a su que c’était l’ennemi, comme lui armé, comme lui terrifié, comme lui obligé, bon à tuer. Envie de se coucher, de poser ses bidons. Il fait un pas de plus, il s’arrache de la boue encore un pas de plus. Il voit le visage de l’homme, il y lit sa mort. Mourir ce jour de noël. Oui, ça va se passer comme ça. Lequel des deux a, le premier, levé la main et souri. Il ne savait plus bien mais moi je sais que c’était lui. Ce grand père qui ne m’a pas donné son sang mais simplement son amour quotidien.

lundi 18 novembre 2013

Peur :

Monstre glacé visqueux et mou qui fige le cœur ou l’accélère, il brûle, il paralyse la pensée et inhibe l’action. Le corps devient lourd. Ce monstre crée le danger si nous n’y prenons garde. Sans doute notre corps a-t-il gardé la mémoire d’une première terreur.
Il nageait, léger, balancé dans une pénombre tiède, pleine de murmures. Brusquement, dans des hurlements le voilà jeté dans une lumière froide et crue, il est lourd, dans un déchirement les poumons se déplient sous la pression d’un élément inconnu : l’air, c’est un autre commencement, l’apprentissage de la douleur.

Jubilation

Jubilation. Mot rare
Emotion précoce et vive
Frémissante, tremblante, dorée
Jaune tendre et vert orangé
Resurgie comme une source perdue
Conseil ami : ne pas l’attendre

mardi 5 novembre 2013

De toi à moi

Je t’écris aujourd’hui parce que mon stylo glisse bien sur la feuille. Il se balade en faisant de drôles de dessins. Tout à coup on dirait qu’il veut écrire. Il veut écrire mais moi, je n’ai rien à dire et je ne sais même pas à qui le dire. Mais ce rien là, ce tout ou rien, on le sait bien, c’est vraiment trop. Alors voilà, ce tout c’est toi. Pourquoi toi ? Parce que tu n’es personne, persona, masques, mon ombre, un autre moi-même, moi, qui ne suis rien ni personne. Merveilleux ? Douloureux ? Il n’y a pas là matière à réflexion mais reconnais qu’entre toi qui es tout et personne et moi qui ne suis rien ni personne ça fait du monde. Je te le dis ça fait beaucoup trop. Alors disons que toi tu es toi et toi tais toi. D’ailleurs, j’y pense, te voilà aux anges car c’est bien ce que tu fais le mieux et ce mieux là, pour moi c’est bien le pire. Il est vrai que, parfois, je t’ai entendu, les mains se sont tendues mais c’était trop tard, c’était trop loin, c’était pour rien.
Si aujourd’hui tu voulais bien être quelqu'un, quelqu'un pour moi, quelqu'un pas loin, avec un corps et une voix, ce serait bien. Parce que là, tu vois, omniprésent et abstrait, on dirait Dieu. C’est vraiment trop ! Mais pour qui tu te prends ?
Ce stylo est un sorcier. Il ne veut plus s’arrêter. Vite, je vais le ranger, l’enfermer, le cacher, le casser. Je vais tout déchirer et les miettes je pourrai les donner à manger à un serpent à plumes qui en fera peut-être quelque chose.

dimanche 27 octobre 2013

Et si le hasard en avait décidé autrement

Elle aurait eu 18 ans à Paris. Ses parents, artistes lui auraient ouvert un monde où elle aurait eu le temps de penser à la vie, à sa vie. Elle aurait fait du théâtre, de la peinture et de la danse. Très tôt elle aurait écrit aussi. Elle aurait rencontré des musiciens, des metteurs en scène. Elle aurait exploré sans se lasser jamais des univers de mots, de gestes, d’émotions. Elle n’aurait reçu et donné que de la beauté, de la vérité. De celle qui console.

Elle serait née au 19 ème siècle dans le Montana. A 5 ans elle aurait eu un poulain. Elle n’aurait jamais appris à lire. Elle aurait aidé ses parents à s’occuper du bétail. Elle aime les bêtes, leurs yeux paisibles, leurs museaux doux et chauds. Elle aurait appris à égorger un cochon sans lui faire peur, ni mal. Elle aurait galopé des journées entières dans les plaines Elle aurait eu 6 enfants. Ils auraient été libres, pied nus, cheveux en bataille, en salopette et toujours barbouillés de confiture. Le travail, les saisons, les fêtes, 12 petits enfants. Elle aurait vécu sans trouble et puis elle serait morte entourée de toute sa famille parce qu’il était temps, et qu’il neigeait. Près de la fenêtre, son petit fils préféré jouait doucement du banjo.

Elle aurait pu aussi naître en Mongolie. Elle aurait galopé dans le vent et l’espace immense, ouvert. Elle aurait fait l’amour en plein air avec un chaman. Celui qui fait pleurer les chameaux. Elle n’aurait jamais appris à lire parce qu’elle n’aurait jamais su ce que pouvait être un livre

Si elle avait eu la terrible malchance d’être un garçon de 20 ans en France en 1960. Il serait parti en Algérie, sans avoir rien compris. Là-bas, avant d’être avalé par l’horreur, il se serait laissé glisser dans la mer, à l’aube, après avoir dormi une nuit dans les ruines chaudes de Tipasa et le parfum des immortelles.

samedi 26 octobre 2013

Les mots doux

D’où viennent ces mots ? D’où ? Doux-amer, la mer, amertume, écume
Pour voir quel temps il fait ici ou là, chez moi
Ici il fait confiance, mains ouvertes et cœur calme
Automne somptueux, caressant, joie profonde, gratitude muette
Et c’est l’éternité
Bientôt, un vent acide et âpre mord la peau, raidit la nuque, assèche la bouche
Durcit le regard
Là il fait doute
Manque, manque, manque
Attente, attention, tension
Douleur prête à bondir
Ca y est, ça mord, ça tord
Tempête, violence
A terre, atterrée, apeurée, affaissée, disloquée
Arrêtez !
Le temps, le temps, le temps
La mer est là, elle attend, peut-être
Etale et grise, elle s’offre, apaisante
Pour elle, en offrande, la pluie a rincé la lumière
Il pleut
Ca crépite et ça grise, ça tangue et ça chavire
Ca danse
La soirée sera musicale et douce

vendredi 25 octobre 2013

je m'appelle

Je m’appelle Jacqueline mais c’est Prune que j’aurais aimé m’appeler. Ce qui dit le mieux ce que je suis c’est ma participation à des ateliers théâtre. Là on voit, on voit des choses qu’on aurait aimé ne jamais voir. Moi, c’est Prune que j’aurais voulu m’appeler et c’est souvent Cactus que je sens, que je vois se révéler dans ces ateliers. C’est une femme pointue, un balai dans le cul que je vois. Elle est précise et claire alors que je me sens plutôt Brume ou Prune. Ce cactus là il est bien facile de lui rogner les piquants. Il me semble qu’une fois dépecé, épluché le cactus, on verra, à l’intérieur, une Prune mûrie au soleil, très mûre même et très sucrée, juste un peu acide encore autour du noyau.

La photo oubliée

Cette photo qui aurait pu la prendre ? Une petite fille de 6 ans. Elle est surexposée cette image en noir et blanc, aujourd’hui toute pâlie. Elle est surexposée parce que le soleil entre à flot par la fenêtre ouverte. Il est peut-être 6 heures du soir, c’est l’été. Toute la journée la chaleur a tout écrasé. La petite est sans doute par terre, sur la fraîcheur du carrelage, dans l’ombre. Elle n’est pas dans la photo. Elle aurait pu y être. Mais là, elle a vu, à contre jour, la silhouette d’une jeune femme nue qui faisait sa toilette. Les gouttes d’eau éclaboussent de blanc la chevelure brune. Sous les cheveux un sein, un éblouissement. Cette photo, personne ne l’a faite. Ce jour là, ce sein là, cette lumière là, ces éclaboussures de soleil et d’eau dans les cheveux, sur la peau, personne d’autre que la petite n’aurait pu les voir. C’était peut-être interdit de voir, de voir ça, ce jour là, pour cette enfant là.